La potion du Mercredi

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M‘étais semi-engueulée avec mon crabologue J’en avais marre de causer à une statue qui ne parlait pas ma langue, ni moi la sienne
Impression d’être aussi ignorante en sortant qu’en entrant, désagréments qui ne s’arrangeaient pas au fur à mesure que j’avançais dans le comptage des pattes du crabe, sa couleur, sa vitesse, son bruit, sa goinfrerie, sa téléportation d’un site à un autre, etc

Alors je lui suis quasi rentrée dans le chou

Et d’un seul coup, la statue s’est volatilisée et je l’ai trouvé vulnérable, mon toubib, parce que ce que j’ai vu, c’est que je le blessais, lui, humainement, pas du tout son orgueil – facile à supposer derrière la blouse du savant – non, le bonhomme lui-même et je me suis trouvée agressive, déplacée, exagérée, injuste …

un peu conne

Après, je suis allée prendre le biberon prescrit, 3 heures de perfusion, avec l’idée qu’il y a avait quelque chose à bidouiller dans le cosmos, pas forcément loin, la semaine suivante, en fait, où je devais le revoir.

En attendant, alors que les actuelles potions du Mercredi n’ont pas sur moi d’autre effet secondaire qu’une grande fatigue pendant quelques jours, je me suis trouvée passer tout un Samedi entre dodo et vomi, ça ne me ressemblait pas, j’en ai déduit que du nettoyage était en cours dans l’arrière-soute, troisième sous-sol, porte gauche, attention, l’ampoule est grillée, ça glisse par-terre …

la psychologie par les caves

Quand on est trans’, et qu’on sort tout juste de la bagarre, on peut garder un moment un peu de parano.
Même prévenue, je suis tombée dans le panneau.
C’est que, même sauvée, je n’en suis pas sortie complètement, de la bagarre, j’ai encore du taf, balcon, cheminée, toiture … à peine atterrie et hop, on repart pour le grand 8 avec ce machin, j’ai pas bien rétabli, ça doit être ça, enfin, je m’explique l’incident de cette façon …

À la séance suivante, je lui ai présenté mes plus plates excuses,
en tâchant d’éviter de trop me justifier, j’aime pas ça, j’ai l’impression que ça tue le travail  des excuses, comme si on n’assumait pas …

J’avais vu juste.
Après j’ai vu qu’il tenait à être gentil, imperceptiblement maladroit, j’ai pensé que mes excuses étaient bien reçues.
Cet homme n’est pas Morel-Journel, mais je ne lui demande pas exactement la même chose, et s’il y a quelque chose à comprendre au cancer, c’est avec lui que j’étudie.

Et puis lui aussi apprend  au fur et à mesure,
et dans son métier, il ne faut pas traîner, parce qu’on perd la moitié de ses clients dans les deux ou trois ans qui suivent …

Fin bref, je l’aime bien mon crabologue, en fait.