La Chorale des Gueuses

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Nous vivons une vie d’exil avant qu’enfin,
par une lueur du jour qui perce,
nous soit possible le retour.

Après cette Odyssée, nous voilà enfin au pays
Mais tout a changé, choses, bêtes et gens
Et le reste de nos vies se passe
en reconnaissance de soi-même
le plus étrange et le plus beau de tous les territoires
Vivre ici, mourir ailleurs, c’est la seule question.
Nous ne savons pas faire comme si nous n’étions pas là
Aussi nous trouvons-nous – parfois très longtemps –
comme chassé-es de nous-mêmes
à moins qu’on nous accorde une crécelle
avec toute la morgue ordinaire de la condescendance coloniale :
scientifique
diplômée
puritaine

raciste.

On nous a promis de la pitance, des pleureuses et des gardiens,
pour camoufler encore un peu notre part de marécage,
pourvu qu’on n’en sorte jamais.
Mais du tréfonds de notre petit peuple atomisé
dans l’indifférence ou le sarcasme
voilà que naît la note unique
la note terrible de la symphonie rageuse des crécelles :

NOUS NE MARCHONS PLUS.

Un jour, vous tous, terriens naturels de stricte obédience,
vous nous honorerez peut-être d’avoir dessiné une piste
vers votre propre liberté.
Nous seront mort-es, d’ici là,
aussi devons-nous sans cesse ni tarder
raffiner au cours de nos métamorphoses
notre chant de synthèse fédérale des sirènes et des gargouilles,
et le désert qui vous sépare sans appel de vous-même
qui vous insulte (et qui nous tue)
nous en ferons un jardin
le grand jardin oasique des transfuges, des entre-deux,
des transfrontaliers, des transmigratoires,
des transhumants …

Ce jour-là, trompettes de la vie,
nous abolirons vos murailles