La Fugue

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Præludium :
Je persiste à penser que tu as tort, Alceste,
mais je ne peux pas t’en vouloir.

Le problème avec la tour d’ivoire,
c’est, une fois franchi le seuil, non que la porte se referme,
(il n’y a pas de porte, à jamais la matrice bée)
mais qu’on entre dans un labyrinthe sans Ariane.

Alors

a) Impossible de retrouver son chemin parce que
b) on n’a plus rien que « Cogito ergo sum »
c) donc on a acquis la boussole au prix des points cardinaux
d) le solipsisme s’installe et avec lui
e) la mort clinique de tout partage
f) donc de toute possibilité de plaisanterie (d’esprit, quoi)
f) et ce n’est pas le dépit du cynisme qui va arranger quoi que ce soit.

Il se peut toutefois qu’on s’aperçoive
qu’on a bel et bien une araignée dans le plafond.

1) Sympathiser : ce sera LA chance d’éviter le nihilisme complet, seule évolution mathématiquement possible de l’enfermement solipsiste.

2) L’appeler Ariane.

3) Par elle et sa verticale fragile
– surtout peser le moins possible, et pour ce faire, tâcher de dépenser toute la masse en énergie du desespoir-

4) monter tout doucement jusqu’à la lucarne
– il y a forcément une lucarne, puisqu’avec « Cogito ergo sum »
( = il y a de la Conscience, donc de l’Être)
le métabolisme basal résiduel maintient la fonction sensorielle

5-6) Casser le carreau et s’envoler.

(Je ne dis pas : « essayer » de s’envoler. Le faire
comme l’oisillon sautant du nid qui l’instant précédent ne savait pas voler)

(d’ailleurs normalement, une fois le carreau cassé, la légèreté est ultime. L’envol peut encore être mortel, si le reliquat masse/énergie de (3) n’est pas adéquat, mais au moins ce n’est pas un échec comme le suicide, qui lui est TOUJOURS au programme, dans les meilleures tours d’ivoire trouvables sur le marché)

Postludium :
Mais, Alceste … TOUT LE MONDE est nu et minable, moi aussi,
quel asile trouverais-je dans ton palais de jade silencieux ?