La Porte des Rêves

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À Marie-Laure

Je porte ton nom comme une cicatrice
(je veux dire sans pansement de peur qu’elle se referme)
Le vent la pluie et la tourmente
Balayant tout devant ma porte
Dans la nuit il faut que j’invente
Quelque raison aux feuilles mortes

Puisque j’en suis à ce chapitre
Ce soir encore d’écluser des bières
Je mets à gauche deux trois bouteilles
Les prochaines prières à la mer
Ici la durée se prélasse
Comme un vieux chat qui s’en fout
Deuxième automne que je passe
Loin de toi comme loin de tout

***

Je porte en moi la Terre comme une maternité bizarre
Où se griment en anges de simiesques figures
L’Oncle Sam perdant ses jumelles
Restera-t-il aveugle et sourd
A nos misères, à nos amours

Puisque loin de tous ces mirages
Qui rendent fous les voyageurs
Tu sais abolir mes orages
En moi désamorcer la peur
Je porte ton nom comme un espoir de noces
Ton rire vaut tous les sacrements
Qu’importe la ruine des églises
Si se rejoignent les amants

***

J’emporte ta mémoire comme une écharpe d’or
Pour éviter qu’avec le temps l’enfant qui reste prenne froid
Et, faisant mien l’avertissement
Des poêtes de l’ancien temps
Je n’ai point tant cru ton image
Que la musique de ta voix

Eh Toi là-haut, Dieu éventuel
Surtout n’enlève rien
Au peu que j’ai de son sourire
Car sa lueur berce ma barque
-Eh Dieu (qui es, comme l’a dit un frangin, la meilleure hypothèse)
Surtout préserve ce fanal
Ce presque rien de son souffle
En lui je veux hisser ma voile

© Sacem – 2002