L’Apostasie Pour les Nul-les

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Vociférer contre les déclarations sexistes ou autres dont les autorités catholiques ou leur fans sont coutumières est une chose, rester baptisé-e dans ces conditions en est une autre.

L’Eglise affiche fièrement un milliard et plus de fidèles. Cela signifie quoi, exactement ? Qu’elle tient registre des noms, prénoms, dates et lieux de naissance d’un milliard de nourrissons. Rien d’autre. Remarque, les Mormons font beaucoup mieux, avec la bénédiction  des pouvoirs publics, (via la CNIL) qui ne voient là rien d’autre qu’une innocente économie sur la numérisation de l’état civil, et dans ces conditions, soit dit au passage, tu comprends que quand on me dit que « le principe d’insponibilité sert à sécuriser l’état-civil », enfin bref …

A l’usage des personnes TLBG (ou pas, d’ailleurs, peu importe, chuis une fille oecuménique, en fait), voici un exemple de ce qu’on peut faire pour se dégager au moins symboliquement de la version catho de cette arnaque, (puisque ce n’est que ça) et s’en laver un peu.

Bref : apostasier, renier le truc, se faire excommunier quoi.

Certes, il en y aura toujours qui espèrent sincèrement réformer leur Eglise de l’intérieur, dans le « bon » sens (?). Je ne leur jetterai pas la pierre mais … démerdez-vous, et bon courage.

Selon le train ordinaire de cette institution, je gage que dans deux ou trois siècles, le pape (ou la papesse ?? … argh … ), viendra la bouche en coeur nous présenter ses excuses, demander pardon pour ses crimes, ses insultes, ses incitations aux pogroms et aux lynchages, ses bûchers … bref, sa collaboration fidèle à tout ce qui peut nous pourrir la vie sur cette pauvre planète, à commencer par le racisme princeps, entendez : le sexisme, (décliné en phallocratie, puis en homophobie, transphobie, etc), suprême division de l’esprit par quoi le binarisme, sous couvert d’une « nature » qui n’a rien d’écolo, fait de nous une espèce désespérement schizophrène ….

Je verrai alors ce que je peux faire, mais en attendant …

***

À Mr l’Évêque de *****

Monsieur

Ceci est une déclaration d’apostasie, rédigée en pleine connaissance de cause.

Je suis une femme transgenre, donc née sous une forme masculine le [jj/mm/aaaa] à [lieu de naissance] sous le nom de [prénoms] [NOM].

Mon état civil a été corrigé par décisions de justice au cours de l’année 2014 en [nouveaux prénoms] [NOM].

J’ai longtemps retardé le moment de cette déclaration d’apostasie franche et définitive du fait que j’avais été baptisée dans ma jeunesse par un des très rares chrétiens « authentiques » qu’il m’ait jamais été donné de rencontrer. C’est la mémoire de cet homme, le Père F**** officiant à l’époque (les années 60) à [ma résidence à l’époque] et elle seule que je n’ai cessé d’honorer en repoussant d’année en année cette démarche.

Les choses ont changé, l’Eglise, coupablement oublieuse de ses barbaries passées, s’est objectivement acoquinée avec les forces haineuses et à proprement parler anti-spirituelles du mouvement dit « Manif pour Tous », misérable repaire de néo-pétainistes, de nazillons et d’obsédés de tous acabits, en sorte que sa complaisance à l’endroit de discours plus que jamais sexistes, homophobes, voire transphobes me fait trouver insupportable qu’elle puisse encore me compter parmi ses fidèles.

Je n’en suis pas. Résolument.

En tant que femme et transgenre, je n’y vois désormais plus rien qu’insulte et mépris, à mon égard comme à celui de mes frères et soeurs de fortune et d’infortune.

Les quelques bonnes personnes qui affleurent encore ça ou là dans l’Eglise lui servent manifestement de vitrine ou d’alibi, elles existent, elles font figure pour moi de naufragées, ma compassion leur est acquise, mais je ne saurais trouver les mots nécessaires pour décrire mon sentiment de souillure en tant qu’être humain, du fait de la bêtise, l’immoralité et la méchanceté dont débordent les discours de nombre de ceux et celles qui se réclament aujourd’hui publiquement de votre Eglise, dans et hors de sa hiérarchie, et les doucereuses communications vaticanes elles-mêmes ne font que conforter ce sentiment.

L’affaire étant pour moi entendue, et ne souffrant pas de discussion, il est inutile que j’entre plus avant dans l’explication, je vous somme donc par la présente, et en conformité avec la loi 78-17 du 6 janvier 1978 consolidée par la loi 2004-801 du 6 août 2004 de faire disparaître dans les meilleurs délais ce qui fut mon nom de vos registres, tout autant que dans vos éventuels fichiers informatisés, au nom du droit d’accès et de rectification des données, ainsi, accessoirement, que de l’article 1364 du droit canon :« L’apostat de la foi, l’hérétique ou le schismatique encourent une excommunication latae sententiae. »

J’y compte bien, et c’est sans appel.

En conséquence, vous voudrez bien me faire parvenir par retour de courrier votre enregistrement de cette décision, ainsi que la certification de ma disparition complète de vos registres, manuscrits et/ou informatisés.

Cordialement.

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J’ai pas ajouté « merdalors », mais le coeur y est. Et au passage, j’emmerde les Mormons, et leur sale programme d’espionnage  grimé en grotesque entreprise de racolage de mes ancêtres.