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A flanc de montagne, sur quel pied danser ?

Un livre grimpant (6)

CHAPITRE 6

Soleils d’Hiver …

Lorsque j’étais apprentie chez Master ARBORAL & Daughter, maison fondée en 1959 par F…, mon frère de l’ombre et forgeron en espièglerie) je consacrais mes riches heures à l’atelier de poésie réparatrice, et je m’étais spécialisée dans la confection de certains outils qui ont au moins partiellement conservé un peu de leur mystère. Le parfum en est presque éventé, pas tout à fait, comme ces flacons oubliés une fois vides, qu’on a gardés parce qu’ils étaient jolis, sans même plus savoir qui nous en avait fait cadeau – il y a si longtemps- et retrouvés tout secs, après du temps, au dessus d’une étagère. On découvre à l’ouverture qu’ils sont encore un peu hantés, mm-mm …
Au moyen d’un de ces délicats burins à mémoire, j’ai, dans ma dix-septième année, je crois, composé ce qui suit, par quoi je pouvais me croire au moins douée de mélancolie. Le style en est déjà suranné mais demeure imperturbablement enfantin, je crois que ça compense bien.

***

La Nouvelle Légende des Eaux d’ Ys – (1976)

C’est un beau matin de sinople
Où les artistes mettent leur outils
J’y vois des pavanes de pierres et d’aulnes
Des lys flottant parmi les mots d’azur

C’est un soleil de Décembre,
froid;
Une grande plaine et son amitié de nacre
Un étang et d’illusoires chevaux de feu
pénétrés de ma pensée directe
Mon geste et ma route
Une chambre et du lilas
Et de l’encens dans la fémorale gauche
Et de l’encens dans la fémorale droite
et des parfums qui s’amoncellent en silence

C’est un grand matin d’ivoire
De paix et de chêne
Un de ces matins froids et lumineux
Où je te rencontre encore pour la première fois

***

Voilà pour mes vieilles armoires, donc. Mais ce n’est pas tout … L’hiver est une bien classique provocation à la rêverie cacochyme, vois plutôt, daté d’aujourd’hui :

C’est l’après-midi, Novembre ensoleillé, pas glacial, on est allées chez Mamie et son homme. Elle vient d’arriver à 85 ans, et elle est bien fatiguée, elle voudrait la paix, on tâche d’en apporter un bout pour le café de l’aprème. Malade, j’ai tout le temps besoin de sieste, je monte à l’étage, plus personne n’y va guère, si ce n’est parfois l’ADMR, pour la lessive, ou moi, quand je suis rincée …

La chambre est ainsi disposée que si je me couche sur le côté droit, à cette heure et en cette saison, je reçois le Soleil en pleine figure. Je pourrais presque le regarder les yeux ouverts tant il est lui-même en mode hivernal, pas agressif pour deux sous … la fenêtre, le ciel et lui.

Il y a la paix dans cette chambre, j’entends la rumeur des voix au rez-de-chaussée, je me laisse bercer et m’offre une heure de limbes.

Au retour, je retrouve, yeux fermés, ma lumière à peu près à l’identique, j’en profite, je suis immobile, ma douleur a accepté de faire une trêve, en sorte que nul mouvement ne s’impose. Et tout mon corps baigne dans cette lumière orange que lui traduisent mes yeux, j’ai la respiration étonnamment ample, profonde et confortable (des années que je n’ai pas connu ça, bronchite, BPCO, et maintenant mon nénuphar …).

La tendresse du moment me fait penser que si c’était l’heure de partir, j’aimerais qu’il en soit ainsi, tout pareil, ne rien changer …

Mon tout premier souvenir d’enfance était un soir de la même lumière. Il est là, lui aussi, intact et silencieux. Fidèle.

***

Savoir qu’on peut partir tranquille enchante le choix de rester.

La Foudre et le Limaçon

LA FOUDRE ET LE LIMAÇON

À Claude (vrooom …)

Je veux faire une communication
A l’assemblée des savants
Il me faut un brin d’attention
J’ai découvert un truc fumant

N’ayant pas l’âme d’un estivant
Je sors volontiers quand il pleut
Qu’un orage soit de la partie
C’est l’idéal je me sens mieux

Voici la chose. Notez bien
Les conditions de l’expérience :
J’ai arpenté dans tous les sens
Les champs et les forêts du coin

Le fait est que les limaçons
Ont un usage un peu voisin
Celui de vadrouiller joyeux
Quand le tonnerre est fou furieux

Mais une étude rigoureuse
M’amène en trente ans de pratique
A une observation curieuse
Infaisable à Polytechnique

Car j’ai cherché sur tous les modes
Explorant le moindre taillis
La trace d’un gastéropode
Qu’un coup de foudre aurait rôti

Or quelle que soit la force brusque
Des déchaînements électriques
Nulle combustion de mollusque
Ou en tout cas point de relique

Ils sont lents et hermaphrodites
Leurs passions doivent être molles
Donc ils s’enflammeraient moins vite
Quand le feu du ciel dégringole

A expliquer c’est impossible
Mais aux courts-circuits de la nature
Aucune de ces créatures
Jamais n’a servi de fusible

Techniquement c’est un mystère
De quoi sont dotées les limaces
Au delà de 500 ampères
Qu’est-ce qui les relie à la masse ?

Simulateurs invertébrés
Dont la flemme nous embobine
C’est peut-être à la course à pied
Qu’ils échappent aux colères divines

Est-ce la foudre qui lambine
Ou la limace qui ramone ?
J’hésite entre ces deux doctrines
Qu’en pense-t-on à la Sorbonne ?

A moins qu’il y ait entre les deux
C’est l’hypothèse que je préfère
Un peu de l’harmonie complice
Qui manque à tant de mammifères.

 

© Sacem – 2002

Détournement de tournesols

De l’induction d’un gauche dans le gravitationnel

Par une sorte de tropisme que la psychanalyse se garde en général de trop débusquer, ou du moins d’en tirer les conséquences (faut bien vivre, et fouetter les chats n’est pas une sinécure), toutes sortes de formules sont de la novlangue en toute inconscience, précisément parce qu’on ne s’en sert que dans leur sens ensoleillé comme si elle n’avaient pas de dialectique, et se donnent donc l’éclat de la vérité centrale et indiscutable.
Ce n’est pas un eclat merveilleux, c’est plus sournois –  comme un venin, disons – une force performative, cela suffit à fasciner, l’hypnose verbale fonctionne par le mésentendu, il n’y a que par le décapage poétique et le détournement du tournesol en nous qu’on peut regarder un peu la nuit, et, avec de la chance, les étoiles.

Sobriété.

Le premier mot de la novlangue est « libéralisme ».
Sa fortune, l’adhésion mécanique généralisée à ce terme, est la perfection d’un mensonge exploitant la soif de liberté inhérente à la civilisation qui s’est construite en la perdant en même temps qu’elle perdait la Nature. Elle s’est mise à préférer la posséder plutôt que l’incarner ou prolonger sa créativité.
Le mot « libertaire » tentait de déjouer le piège : mettre la version libertaire « je fais ce que je veux (et toi aussi) » en lieu et place du libéral « je fais ce que je veux (de mes esclaves) ».
Le « libéralisme » en a remis une couche ultra dans son propre sens avec « libertarien » (il y a une magouille du même tonneau avec l’invention d’un mot comme  « masculinisme », conçu pour suggérer la nécessité de ré-équilibrer les atroces dégâts faits par le féminisme)

Le tropisme est têtu : « Ni dieu ni maître » reste « instinctivement » entendu comme « Je ne veux pas me soumettre à un dieu ou à un maître », mais  l’occultation de sa part de nuit (« Je ne veux être ni dieu ni maître de personne ») suffit à réintroduire le libéral là-dedans.

***

Une des innombrables caricatures de la quête de liberté en Occident et à sa suite, est la « liberté sexuelle », dont le vrai fantasme est l’accès illimité du mâle au corps des femelles gratuites, de Sade au Daesh sans rupture de continuité.
En plus d’être affreux, le truc est évidemment impossible, sauf à mener du priapisme au meurtre, et l’homme se retrouve avec un unique et ultime et inavouable barreau de prison indéboulonnable entre les jambes, pour lequel il cherche obsessionnellement un hâvre propre à le refroidir. La femme réduite au repos du guerrier a comme alternative de continuer librement à rester une chose ou déclencher les foudres, bref se soumettre ou disparaitre. Si elle disparaît, Priape perd son refroidisseur, recommence à chauffer, et repart librement à la chasse, bite en avant comme avec un flingue dans son dos.

Pourtant la notion de « libération sexuelle » a un potentiel d’étude fabuleux, mais il restera dans l’ombre tant qu’il sera ramené à des comptabilités de droits soigneusement distribués de part et d’autre d’une frontière intangible, qu’il s’agisse de droit aux putes de luxe ou à la pilule (ce n’est PAS symétrique, hey, le binaire est une arnaque).

Pas de liberté sans maîtrise, mais pas d’éthique dans la domination d’autrui, donc pas de maîtrise autre que celle de soi-même, la liberté se définira toute seule par l’expérience, si on l’aperçoit.
Dans un contexte déterministe, c’est chaud : intellectuellement quelque chose coince, (la base de la liberté (libertaire) déconstruit ET renonce aux prétentions libérales, adossées au libre-artibre, toujours brandi comme idéal mais toujours empoisonné par la culpabilité, ce qui rend invivable la responsabilité) c’est pourquoi Spinoza reste inaudible, paradoxal, et la dialectique devient arrogante et sûre de son fait (il faut juste être le dernier qui parle le plus fort) et court sans cesse après le rabotage des paradoxes, qui doivent être vidés de contradiction, écoulés, liquidés, compensés, aplatis, elle hiérarchise les polarités, donc engendre et entretient la guerre (des sexes), rien à voir avec l’harmonie yin-yang du Tao,  qu’elle fait tourner en bourrique (toujours plus à droite, et Pyrrhus à la fin, de toutes façons).

La frontière polarisante des sexes, comme moteur sine-qua-none de survie, n’est critique dans l’espèce que dans une situation objective de faible densité de population (vieux temps bibliques) ; à l’inverse, en temps de sur-densité, lui faire des trous, des portes, des passages, une élasticité, un no-sex land, des flous, des porosités, bref tout ce qui attendrit l’injonction reproductiviste devient une condition majeure de survie, donc de perpétuation. Donc la dialectique censée se jouer entre les pôles, (la vie binarisée de façon « fixe », en mode Napoléon posant l’état-civil comme loi de la nature) est caduque, par contre est paradoxale celle qui circule entre les dosages de polarisation et de dépolarisations nécessaires, les deux, isolés, correspondant également à des extrêmes invivables imaginaires, parce que dans la réalité, il y a juste un curseur homéostasique qui se balade sur l’échelle du temps. L’homéostasie ne saurait éterniser,  seulement perpétuer, et d’ailleurs on ne peut espérer mieux dans ce monde, parce que ça, c’est vraiment de l’ordre des lois naturelles. Il faudrait se souvenir que la vie nous comprend ET qu’elle est beaucoup plus longue, plus grosse, et plus durable que nous, dans TOUS les cas de figure. De même, quels que soient le grand cosmique et l’infinitésimal, on se promène dans l’intervalle, au beau milieu (sic, hic & nunc).
Si on éprouve vraiment un besoin psycho-affectif de synthèse cosmogonique, Gaïa pourrait faire une déesse acceptable : elle existe sans prétendre à l’infini, et, tout en nous incluant, nous dépasse amplement sur absolument tous les plans.

***

Pour en revenir au petit florilège de tropismes de tout à l’heure, voici un de leurs cousins : la formule « jouir sans entrave », systématiquement séduisante par l’idée de perdre ses chaînes, mais ne liant qu’avec effort cette exigence à celle, éthique, pourtant induite également, de ne pas en poser à autrui : « jouir sans entraver » ce petit « r » final semble superflu, mais qu’il reste dans la pénombre est signifiant. Il est foncièrement dans la féminité de la langue qui semble se taire. S’économise, en fait.
La poésie de ce point de vue est toujours féminine. Comme toute la vraie musique, elle ne raconte rien, ou très peu, mais elle donne à entendre à qui veut écouter. Elle expire quand on la braille, sa chance est uniquement de sourdre (à ce propos, un Vladimir Vissotski a seulement l’air de brailler, mais non, son cri est un murmure de Jéricho, simple question de contexte).
Juste sourdre, ça n’est pas bien solaire, comme triomphe, mais c’est bien ce qui a fait sa résilience démentielle face aux rouleaux compresseurs des empires, elle est le refuge de « l’humanité [qui] se transmet de bouche à oreille » (G. Deleuze), un peu comme le ventre est le refuge de l’espèce face à la saison en enfer qui suit les neufs mois océans.

***

Il me semble que le bouddhisme a déjà deviné que lire la vie entière comme un malheur est un moyen habile d’atteindre une mort heureuse et libératrice, (j’ignore jusqu’à quel point mon utilisation de l’expression « saison en enfer » est un détournement) et cette méthode-là semble beaucoup moins dévoyée que dans le christianisme, qui a bien senti que c’est pertinent (la « vallée de larmes », et tout) mais qui y est hostile, au fond, et qui préfère s’acharner à le garantir matériellement en ravageant complètement la Vie, afin que l’eschatologie soit désirable, (en l’ecrivant :  performativité du Verbe), et en escamottant la mort par la fourniture d’un fantasme de paradis censément viatique pour la suite.
Alors que lire la vie comme un malheur, (lire, interpréter et non écrire, fabriquer) serait suivre le courant (au besoin, appâte joyeusement le contre-exemple, suspends ta lecture, vas à la pêche!), courant qui veut que le temps qu’il reste à tirer s’amenuise, donc que le malheur à supporter va spontanément diminuant sans arrêt, sans qu’il y ait besoin de progrès historique : lire la vie (individuelle) comme un malheur ou plutôt comme la dernière étape d’un malheur ne devrait pas donner la moindre envie d’en remettre une louche, et si on le fait quand même c’est qu’on s’acharne à conserver le rêve de l’avenir radieux à grands coups d’assurances, (même quand l’avenir radieux a du plomb dans l’aile. De fait, ses ailes sont de plomb), à caresser des sortilèges masturbatoires comme la propriété, version ravageuse moderne de la fourrure qu’on volait jadis aux autres bêtes parce qu’on voulait vaincre le froid (sauf qu’à l’époque, il ne s’agissait pas encore de reconfigurer tout le mouvement de la planète comme une course de milliards de milliardaires potentiels, ainsi vissés dans la pauvreté de leur rêve).

Quand je suis née, on était environ 3 milliards d’ humain-es à bord. J’estime que bien avant cette époque,  l’injonction « croissez et multipliez » dans un sens littéral (génésique, quoi) était déjà un radical pousse-au-crime-parfait contre l’humanité. L’augmentation de la pression ET de la température multiplie exponentiellement les collisions stochastiques, généralise la guerre des solitudes pour le rapt des territoires, des corps et des esprits. (*).

(*) Os à ronger pour mathomanes only : Plus on s’entasse, plus nous ressemblons à des molécules de gaz confiné, plus nous obéissons à la loi de Boltzman. Jusqu’à un certain seuil cette loi « gère » la complexité. Après quoi une « catastrophe » « rené-thomiste » viendra » relaxer » le bazar. Effondrement.

Aujourd’hui, progrès accompli, on s’entre-pille. Et on ne sait pratiquement plus comment faire autrement, aussi « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » (Stig Dagerman), et le verrou, pourtant purement virtuel, demeure (non qu’on n’aie pas la clef, libre, mais on préfère forger des tournevis compliqués, propriétaires, pour le démonter. Paradoxe de prisonniers paranoïaques. Tropisme s’éternisant.
La compassion peut toujours trouver à s’employer, mais il faut d’abord sortir Narcisse du cycle infernal  évoqué dans un poème précédent (La Fugue).
C’est ça, la charité bien ordonnée : on te dit où elle commence, pas de  t’arrêter là  (encore un tropisme à dégauchir, tiens).

***

En attendant, on crève sous le poids des promesses, (le spectacle qui déborde) le summum de la dette impayable et des actifs pourris est placé dans le coffre de Dieu, a présent sommé de reconnaître que lui-même ne peut plus payer, et qu’il nous doit beaucoup, avec tout ce qu’on lui a réclamé (il a beaucoup servi, en tant que maître).
Et le christianisme de marché de se rejouer compulsivement la saynète de l’eucharistie en détournant de moins en moins discrètement les clous sur les pauvres. Nietzsche ayant annoncé la mort du suprême mauvais payeur, nous vivons ici le temps où s’entretuent les endettés en paiement des créanciers.

Mais où sont-ils donc, ceux-là ? Tout le monde est endetté ??

En tous cas ils sont bien là, et on les entend de plus en plus se demander comment se débarrasser des débiteurs une fois établi que ces derniers resteront à jamais la fois insolvables, coûteux et vindicatifs. Des films à grand spectacle sont truffés de ce projet, ils fascinent comme des oracles et comme, en bons dévôts du libre-arbitre, nous sommes junkies de news sur l’avenir, on peut nous vendre n’importe quoi comme projet.

Comme l’espérance est violente,
On augmente la police

Le discours selon lequel les pauvres représentent un luxe que les nations riches ne peuvent plus entretenir est désormais dans toutes les arrières-cuisines du pouvoir. On évite seulement d’évoquer la proportion de surnuméraires …

De ce point de vue la Shoah elle-même fait figure de répétition générale, ou préparatoire, c’est ça qui est abominable (eh, Boutin, relativise, au moins, merde!). Mais dans la determination, si tout le passé est préparatoire de quelque chose « qui vient », il n’est d’autre  progrès que dans les soins palliatifs à nos errances, eux seuls se frayent fidèlement depuis la nuit des temps un chemin vers la lumière, ils admettent que celle-ci est dans la nuit et les étoiles : il ne s’agit pas d’y aller avec des machins motorisés, il s’agit d’arrêter de vénérer/s’approprier la puissance, pour recommencer à honorer le flux, de la source à l’estuaire, ce que maintes cultures du passé ont a peu près su faire, mais ont été assez « heureuses » pour ne pas laisser d’Histoire suffisante à nous édifier. « Heureuses », voire, c’est une façon de parler, bien sûr, je n’idéalise pas spécialement les vieilles méthodes, mais au moins sur ce point – de la nécessité de s’harmoniser avec le Cosmos –  il est clair que toute notre science, la COP21, toussa, ne leur arrive pas à la cheville. Ça nous vient du fait d’avoir adoré la rationalité comme un dieu (le rationalisme comme religion, accouplé au puritanisme comme éthique : fécondité métastatique) au lieu d’en user comme outil, merveilleux comme un outil, parfaitement utilisable par l’amour et pour lui, coco, mais trop facile à asservir par des sophismes aux dogmes les plus infâmes et les plus assassins.
La soif de la puissance est démultipliée par son ombre portée de vulnérabilité, (entonnoir vicieux, infantilisme dictateur, inflation).
C’est là l’efficacité même du terrorisme, (dans ses formes contemporaines : un suicide assisté par l’ivresse du meurtre), du nihilisme : leur plan d’accès au rien du repos a pour horizon indépassable une interminable bataille générale, (boucle de rétroaction positive), c’est le chaos qui s’éternise. Se raffine de cruauté. S’approfondit. Il y a belle lurette que nous avons plus de science et de savoirs qu’il n’en faudrait pour faire du monde accessible un authentique paradis, mais l’energie que nous concentrons dans nos bombes contient très rationnellement l’intention qu’elles explosent : elle sont conçues pour ça. C’est inhérent. Elles « veulent » exploser, en somme, donc c’est pas nous …

Si elles pètent (le pire n’est jamais certain), nous mourrons innocents, et dépouillés au delà de la moelle, (dépouillés de fierté, aussi, car quelle fierté gardable après avoir inventé un droit à la bombe atomique au nom d’une « éthique » de dissuasion, salopards ?), on espèrera vaguement que Dieu n’aura rien vu, qu’il évitera même d’exister, pour gagner notre paix honteuse, en cachette, en fait c’est ça l’idéal chrétien à la sauce positiviste : se planquer, abolir la conscience, faute d’en pouvoir extirper le dégoût de soi accumulé dedans, le transhumanisme, l’OGMisation de toute la biosphère, n’importe quoi, mais ailleurs, sans un regard sur la ruine qu’on laisse dans son sillage : devant, l’herbe est plus verte, façon Attila.

***

Si bien caché-es que vous soyez dans l’ombre de votre grotte inconnue, baisez dans la lumière.

Il faut vivre dans la lumière, sans posséder le Soleil, donc tourner nos radars internes vers la nuit étoilée, même (et raison de plus) si un tiers de l’humanité, ai-je lu, ne voit plus jamais la Voie Lactée à cause des éclairages urbains,  il faut se tourner vers le murmure, autant ami du silence que de la parole échangée, de la voix que de l’oreille, par quoi se transmet et circule l’humanité.

Un des grands travaux que devraient (ré)apprendre les musicien-nes sans relâche serait la pratique d’instruments mélodiques, ou peu polyphoniques, non amplifiés, de faible puissance, en des oeuvres courtes avec toujours une part obligée non nulle d’improvisation, et en dosant chacun-e selon son caractère, solos et ensembles. La vieille tradition occidentale a cela aussi dans sa mémoire, même si c’est encroûté à mort sous les lambris de Pleyel.

Un travail possible serait se reprendre tout le répertoire baroque, par exemple, en redistribuant/réinventant complètement l’instrumentarium, par transcriptions et en faisant de cette redistribution l’innovation interprétative elle-même. (Et au diable les intégristes : on peut aussi jouer Bach avec un piano, pas besoin qu’il coûte 100 000 balles, d’ailleurs : « Un piano accordé et qui fonctionne permet de faire de la musique » (M.-A. Estrella). Une fugue de Bach, c’est plusieurs monophonies en bonne intelligence.

Et repenser toute la musique en tant que permaculture.

Il y aura énormément de ratages, (pas tant que ça d’ailleurs, si on est sobre en performances et en conserves) mais bon, la Nature est généreuse, vois les spermatozoïdes : chacun a-t-il tellement de valeur qu’il faille tout conserver comme des propriétaires ? Combien faudra-t-il de viols et de Civitas pour encore augmenter leurs taux déjà oncologiques de réussites ? Nous ferions un travail moins idiot, puisque nous voulons travailler.

***

Tu crains donc tant que ça de revenir à la bougie ?

C’est vrai, avec le vent qui se lève, ce sera un miracle qu’elle puisse rester allumée.

Parfois, j’ai froid de la vie qui passe
mais je  me souviens que toute chose est  éphémère.
Alors je sais que ma tristesse n’est pas une nature, une éternelle essence,
et qu’elle passera, comme le frisson de la brise sur l’étang.

La solution du bruit tient dans le murmure de quelque chose

La Légèreté

La légèreté …

La légèreté est la belle profondeur
Elle promet l’infini
Elle est limite ultime
avant l’impondérable
Elle est à l’éphémère
ce qu’est la pesanteur au temps

Imagine dans un large ciel bleu
Un bilboquet infime
Fait d’une bulle de savon, du fil de l’araignée
et de la fine épingle de l’acupuncteur…

La légèreté est la belle profondeur

La Fugue

Præludium :
Je persiste à penser que tu as tort, Alceste,
mais je ne peux pas t’en vouloir.

Le problème avec la tour d’ivoire,
c’est, une fois franchi le seuil, non que la porte se referme,
(il n’y a pas de porte, à jamais la matrice bée)
mais qu’on entre dans un labyrinthe sans Ariane.

Alors

a) Impossible de retrouver son chemin parce que
b) on n’a plus rien que « Cogito ergo sum »
c) donc on a acquis la boussole au prix des points cardinaux
d) le solipsisme s’installe et avec lui
e) la mort clinique de tout partage
f) donc de toute possibilité de plaisanterie (d’esprit, quoi)
f) et ce n’est pas le dépit du cynisme qui va arranger quoi que ce soit.

Il se peut toutefois qu’on s’aperçoive
qu’on a bel et bien une araignée dans le plafond.

1) Sympathiser : ce sera LA chance d’éviter le nihilisme complet, seule évolution mathématiquement possible de l’enfermement solipsiste.

2) L’appeler Ariane.

3) Par elle et sa verticale fragile
– surtout peser le moins possible, et pour ce faire, tâcher de dépenser toute la masse en énergie du desespoir-

4) monter tout doucement jusqu’à la lucarne
– il y a forcément une lucarne, puisqu’avec « Cogito ergo sum »
( = il y a de la Conscience, donc de l’Être)
le métabolisme basal résiduel maintient la fonction sensorielle

5-6) Casser le carreau et s’envoler.

(Je ne dis pas : « essayer » de s’envoler. Le faire
comme l’oisillon sautant du nid qui l’instant précédent ne savait pas voler)

(d’ailleurs normalement, une fois le carreau cassé, la légèreté est ultime. L’envol peut encore être mortel, si le reliquat masse/énergie de (3) n’est pas adéquat, mais au moins ce n’est pas un échec comme le suicide, qui lui est TOUJOURS au programme, dans les meilleures tours d’ivoire trouvables sur le marché)

Postludium :
Mais, Alceste … TOUT LE MONDE est nu et minable, moi aussi,
quel asile trouverais-je dans ton palais de jade silencieux ?

La Porte des Rêves

À Marie-Laure

Je porte ton nom comme une cicatrice
(je veux dire sans pansement de peur qu’elle se referme)
Le vent la pluie et la tourmente
Balayant tout devant ma porte
Dans la nuit il faut que j’invente
Quelque raison aux feuilles mortes

Puisque j’en suis à ce chapitre
Ce soir encore d’écluser des bières
Je mets à gauche deux trois bouteilles
Les prochaines prières à la mer
Ici la durée se prélasse
Comme un vieux chat qui s’en fout
Deuxième automne que je passe
Loin de toi comme loin de tout

***

Je porte en moi la Terre comme une maternité bizarre
Où se griment en anges de simiesques figures
L’Oncle Sam perdant ses jumelles
Restera-t-il aveugle et sourd
A nos misères, à nos amours

Puisque loin de tous ces mirages
Qui rendent fous les voyageurs
Tu sais abolir mes orages
En moi désamorcer la peur
Je porte ton nom comme un espoir de noces
Ton rire vaut tous les sacrements
Qu’importe la ruine des églises
Si se rejoignent les amants

***

J’emporte ta mémoire comme une écharpe d’or
Pour éviter qu’avec le temps l’enfant qui reste prenne froid
Et, faisant mien l’avertissement
Des poêtes de l’ancien temps
Je n’ai point tant cru ton image
Que la musique de ta voix

Eh Toi là-haut, Dieu éventuel
Surtout n’enlève rien
Au peu que j’ai de son sourire
Car sa lueur berce ma barque
-Eh Dieu (qui es, comme l’a dit un frangin, la meilleure hypothèse)
Surtout préserve ce fanal
Ce presque rien de son souffle
En lui je veux hisser ma voile

© Sacem – 2002

Miraculisme surrationnel (apapal, de gauche)

A Gaston Bachelard

Un jour, ma petite soeur Davina me dit :
« Est-ce que tu crois qu’il aurait été possible dans le passé que tu fasses une rencontre assez belle pour te détourner du désir de transitionner ? », en substance.

Je lui ai fait alors une réponse qui, deux ans après sa question, demeure stable :
« Une telle rencontre aurait relevé du miracle, pourquoi pas, mais il n’a pas eu lieu, et cela dit,  je ne vois pas en quoi transitionner me mettrait à l’abri des miracles. »

Deux mots sur les miracles.

Les rationnalistes square tiennent les miracles par définition pour impossibles. Ce faisant il s’agit pour eux de se détacher d’une certaine crédulité encouragée par les religions à avaler n’importe quoi, du moment que cela satisfait un désir infantile de toute puissance et d’idéaux paradisiaques. Ils ont raison au sens où les trois quarts au moins des films occidentaux de ce point de vue ne sont qu’un matraquage éhonté invitant à cette sorte de niaiserie (les super héros, l’identification qui en résulte, les romances de Lelouch, les fantasy, les péplums, les trucs sadiens/sadiques, Rambo, le porno, etc, autant d’inventions d’une usine à mythes rigoureusement axés sur le plaisir compulsif à croire à des jolies (?) choses, totalement circonscrites à la bulle du spectacle, via l’élaboration de simulacres compliqués qui entretiennent l’hypnose dans ce sens …. Je hais Harry Potter avec un sérieux inégalé à ce jour).

Mais on peut recycler la notion de miracle comme étant l’inespéré, non ce qui est impossible, mais ce qu’il est impossible d’anticiper, dont la réalisation est par conséquent, quelle que préparation qui se soit jouée dans l’ombre, une radicale surprise, laquelle est d’autant plus impressionnante qu’elle ne détruit en rien la pensée rationnelle pratique qui précède, mais la renouvelle, la lave, la démultiplie, en élargissant le champ du possible par un saut qualitatif dans la compréhension du réel.
L’ignorance prend alors un tout autre visage que celui de l’abrutissement, d’une vacuité morne : reconnue pour ce qu’elle est, elle devient la porte ouverte de la connaissance sur l’exploration du possible (très) élargi, et c’est l’émergence même de cette faculté qui procure le sentiment miraculeux.

Je garde le mot miracle en raison de la seule rareté manifeste du phénomène, et son impondérable, en tenant qu’il n’a strictement rien d’incompatible avec un solide sens rationnel et se passe parfaitement de tout recours à la magie, aux ovnis, aux évêques, au Loto, à la pharmacopée … etc

Combien d’années, de décennies avons-nous procrastiné notre sortie du placard de par la seule crainte que la réalité soit beaucoup plus dure que le rêve, toujours cultivable en secret, bientôt aussi pâle qu’un navet à force d’ombre et de silence … ?

C’est pour ça que je dis : Trans’, ne rêvez pas, vivez : non, la transition ne vous mettra absolument pas à l’abri du miracle.

***

P.etit S.upplément qui n’a rien à voir (voire) : Tout cela n’enlève absolument rien à la gifle collective que reçoit au quotidien la population sensée face au régime d’exception complètement délétère désormais imposé/aggravé par les grands mâles dominants au prétexte à la suite des attentats de Paris.
Je cherche des raisons d’espérer, c’est tout, mais manifestement tous les espoirs sont devenus déraisonnables. Je n’en vois pas, hors celui d’être détrompée, je l’ai déjà dit, il est des jours où je rêve ardemment qu’on me donne tort, et ça devient mon quotidien, à force.

Do It Yourself

C‘est la paix qui est révolutionnaire.

Avec
de la chance
du temps
et beaucoup de travail,
on peut le voir, peut-être,
une fois dans sa vie.

Mais il nous manque le plus souvent un ou l’autre de ces trois termes nécessaires.
Aussi la paix est-elle rare, d’autant que les fournisseurs honnêtes n’ont pas d’étal à la télévision.

La chance c’est l’occasion de percevoir une fois dans sa jeunesse que notre humanité est première, qu’elle s’étend à toute la sphère et s’en tenir à cela mordicus à la façon d’un voeu définitif.

Le temps c’est celui qu’il faut pour la patience (manifestement la chose la plus longue chose à apprendre)

Le travail c’est ce que je fais avec tout ça : la moitié de mon bonheur vient de ce que me donne le monde, l’autre moitié vient de ce que j’en fais.

Les prétentions révolutionnaires sont monnaie courante, elles ont en commun de vouloir du sang, de la vengeance et de l’extermination, puis, fatiguées, de réclamer de l’ordre à tout prix.
Aussi, en matière de paix,
ce sont les cimetières qui donnent l’exemple.

Mais la révolution véritable (celle qui serait sensée) serait la paix, celle que tout le monde a au berceau dans son cahier des charges, mais dont nous déclinons si facilement toute compétence à améliorer le code, pour 36 000 raisons regrettables absolument indépendantes de notre volonté.

Être adulte signifierait avoir fini sa guerre (de préférence sans assassiner).

Mais tant que les écoles, TOUTES les écoles, programmeront les enfants à suicider Mozart, la révolution portera bien son nom
qui dit qu’elle tourne en rond, petit patapon …

 

Télépathie des embruns

 (à Camille)

Le temps passe
Il passe, je ne le crains pas
Je crains seulement que tu sois loin si loin que les ondes trouvent leur rivage avant ton île
Je reçois cependant des bribes, il me semble que la distance est une présence en soi
dont l’incantation incandesce, que tes murs ont vocation à l’effritement, que je te vois tourner, en quête de la faille
Es-tu enfermée dans ton travail, ton chagrin,
dans la dure chrysalide qui fait les lendemains aléatoires
et frappe la cloche du temps comme un gong ?

Urgence de lenteur
Tu es loin c’est ton absence qui murmure dans le silence du village
Les plaies, ça et là tentent de se consoler,
la mer résoud sur la plage les dessins enfantins, qui ne vieilliront pas
Le ressac m’apportera un chant de sirène, une bouteille, un clin d’oeil dans quelque enveloppe virtuelle
La longue patience des nuits, des hivers est à nos portes, nos fenêtres, dans tous nos pores, tout notre être …

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Quand saurons-nous parler ?

Le Point Du Jour (Comment naissent les papillons ?)

(à Camille)

Prologue

« Si l’on me donnait un vaste territoire chauve
Je planterais au long du jour des arbres
A la fin de ma vie je serais le père d’une forêt » (Julos Beaucarne)

Il est des métamorphoses qui passent par d’affreux crash-tests avec le rien.
Tant de papillons qui naissent cabossés, le savais-tu ?

Et comment diable tiennent-elles, toutes ces graines minuscules attendant parfois 10 ans la pluie dans les déserts du Mexique, pour une apothéose de quelques jours de millions de fleurs quand elle arrive enfin …

Le même Julos disait aussi  » Il y a des réveille-matin qui sonnent comme des clairons
Il y en a peu qui chantent des berceuses »

Mais bon, essayons …

 

LE POINT DU JOUR

Trois perles neuves d’un peu de pluie
Dans le clair du levant
J’y suis seule et regarde
Je n’ai rien dans les mains
Pas l’ombre d’autre chose
Qu’un frisson du matin
Là-bas tu caracolles
Divinité possible
Maîtresse des boussoles
Vois-tu mon ombre ?

Trois mots d’amour un peu de sable
Jetés là au hasard
Et c’est tout un jardin
Qui naît dans nos regards
Le Sahara des hommes
Cache des sources graves
Alors indécidée
Tu refermes ton rêve
Mais le coeur a tout vu
Perceur de coffres-faibles

Parfois l’enfance a la mémoire
Triste et radioactive
Qui rampe dans le noir
Et, faussant le printemps
Gangrène le présent
Du poison des archives
Tu pars ou tu t’éloignes
Renonçant, protégeant
Et appelant destin
L’âpreté de tes chaînes

En attendant je me fais sage
Devant l’aurore nue
Descendant des montagnes
Versant dans mon piano
Des brins de ta lumière
Comme un message antique
Mais l’amour anarchiste
Est un grand pyromane
La nuit devient musique
C’est le fou qui fait dame

Je crois encore aux ombre lentes
Des amitiés anciennes
Qui offrent aux automnes
Des promesses de graines
Tant que durent les vagues
Je guette le rivage
Et puis le soir venant
Doucement je murmure
Pour que tu refleurisses
Et quittes ton armure

 

© Sacem – 2002