Lire Chiland et rigoler quand même (Essai)

/!\28/09/2016 /!\ Télescopage : La protagoniste principale de ce billet, Colette Chiland, vient de disparaître, quelques jours après publication, (plus précisémment, renseignement pris, elle est partie le Vendredi 16 Septembre, je viens seulement de l’apprendre) Le pamphlet demeure valable, mais n’a plus de sens qu' »historique » ou documentaire. Le site Yagg, de qui je tiens la nouvelle de sa mort, donne quelque éclairage sur la réputation de Colette Chiland dans le monde trans’.

De profundis, donc, mais nous n’oublierons pas  son influence puisqu’il nous sera donné longtemps encore de devoir déconstruire les préjugés qu’elle a contribué à répandre inlassablement sur les personnes trans’. La SOFECT existe toujours, et son programme avec.

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Avant-propos

Je mettais la dernière main à ce méchant brûlot lorsque l’Observatoire des Transidentités de Karine Espineira et Maud-Yeuse Thomas a publié, tout fraîchement donc,  cet article de Janik Bastien Charlebois, de l’Université du Quebec. Elle y exprime  le peu de poids de la parole intersexe face à la toute-puissance et à l’impunité des médecins qui consacrent leur art à la normalisation administrative binaire ( = par le bistouri) de cette population.

Je ne suis pas de celleux qui croient devoir analyser la transidentité comme une sorte d’intersexuation psychique qui justifierait d’attendre de la science du neuro-transmetteur ou de la synapse je ne sais quelle légitimation (et pourquoi pas une excuse !? ) de nos parcours. Ce sont bien deux aventures différentes, et pourtant parentes, ô combien. Si la colère de cette professeure entre terriblement en résonnance avec la nôtre, c’est parce que c’est la même expression totalitaire de la norme (médicale en particulier, mais systémique et sociétale de fait) qui gouverne encore largement les devenirs intersexes et les nôtres, et foncièrement le même déni général quant aux insondables dégâts accomplis par nos « spécialistes » respectifs,  aussi jaloux de leurs prérogatives que peu enclins à se remettre en question, a fortiori d’apurer les comptes.

J’avais prévu une toute autre introduction à mon propre texte, mais me ravisant, je me contenterai de le dédier à Janik, en signe de reconnaissance, je ne peux mieux dire, et pour lui signifier ma joie de lire sous sa plume quelque chose qui est de la trempe même de ce que j’aurais aimé écrire, je veux dire : au-delà de l’exercice – similaire – d’une franche remise à l’heure des pendules, quelque chose qui procèderait de la même quête éperdue de l’humanité.

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Le juge : « -Et pourquoi avez-vous découpé votre maîtresse en rondelles ?

-Je l’aimais, Mr le Président, mais elle refusait d’être MA femme, vous comprenez ? »

 Trois façons d’aimer les oiseaux  in « Les Quartiers de Phlune » – 2015

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Lire Chiland et rigoler quand même (Essai)

Vaste programme … je m’engagerai aux moyens, si ce n’est au résultat …

Les trans’ familier-es de ce personnage aride savent que je me donne là un programme insensé, paradoxal et vain, au fond : elle est assez rigolote en soi, inutile de retourner les pieds dans l’ambulance en s’emmerdant à l’analyser, dira-t-on (on sait que ça rate, de toutes, façons). Voire.

C’est inutile, en effet, comme la rancune.
Mettons que c’est un acte gratuit, juste pour l’honneur (vx. Voir ce mot) …

/!\ Des clameurs /!\ : fragments, ébauche, bribes, ce texte est un foutoir. Il me faudrait être très têtue pour déconstruire proprement le discours de gens très bornées, c’est un boulot de Sisyphe au bonheur aléatoire, en fait, et à chaque paragraphe, je me suis dit que je perdais mon temps. N’était la rancune, j’aurais abandonné, tant ça me nuit au teint, d’ailleurs je compte bien abandonner jusqu’à ma rancune un jour, mais enfin c’est long.

De toutes façons le mal fait par cette créature et ses amis est irréparable autrement que par la patience et la joie de vivre qui commence à nous gagner à mesure que notre raison se décolonise du pouvoir. D’ici là, et tout parcellaire qu’il soit, ce petit travail de dissection existe, il m’a assez coûté pour que je trouve un mérite à sa publication.

Je reconnais volontiers n’avoir pas su donner à mon propre vice – ici la philosophie politique et spécialement : l’alerte sur une certaine médecine de caste – la solidité granitique du travail universitaire d’antithèse qui s’imposerait pourtant, mais après tout, on n’y perdra pas au change, à voleter plutôt avec mes fléchettes : ce serait faire bien trop d’honneur à la médiocrité que de saloper mon talent de la conversation sur le terrain de jeu académique, champ de manoeuvres qui reste, dans notre petit monde, celui de quelques fieffés pervers bien logés. (*)

(*) C’est vrai et ce n’est pas vrai, il y a des contre-exemples : Karine Espineira, docteure en sciences de la communication, Arnaud Alessandrin, sociologue, Françoise Sironi, psychologue-experte, ou Janik Bastien-Charlebois, [donc], prof d’université québecoise, entre autres, mais bon, en face, indéniablement, la liste des penseurs à sornettes aux ressorts troubles est tellement bien fournie …

A quoi bon un dialogue, de toutes façons pipé ?
Je baffe. C’est encore trop peu, mais c’est une amorce de justice.

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« Quelle que soit la violence des critiques, elles ne feront jamais autant de tort aux médecins crapuleux que ceux-ci n’en font à leur patients, et la dénonciation des crapules ne peut pas faire de tort aux soignants authentiques. »

Martin Winkler

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Première salve : « Changer de sexe ? »

Malveiller et bannir.

Feuilletons donc ce trésor de la science intitulé « Changer de sexe ? » dans sa version expurgée de 2011 (on m’a dit que la version originelle (2007) était encore plus gratinée bien aussi, mais j’ai accès à celle-ci, et j’ai d’autres urgences que la farfouille chez les bouquinistes, surtout pour ça).

La morgue ordinaire de la condescendance coloniale

Dès l’introduction, en une seule séance, paf, la Révélation, je cite (p.23):

J’ai beaucoup réfléchi sur ce qui pouvait choquer dans mon écriture : trop directe et trop concise, trop imagée et concrète, elle a pu être mal interprétée et ressentie comme agressive (trop de qualités. Ça énerve) . Je n’avais pourtant pas la « haine » à l’égard des transsexuels qu’on a voulu m’attribuer, bien au contraire. (le contraire de la haine, c’est le mépris ; j’ai bon, là ?)
[ … ] Je ne conçois pas l’exercice de mon métier sans bienveillance à l’égard des patients, mais les patients ne nous facilitent pas toujours la tâche
(ah … les ingrats) ; pour les activistes, si on ne dit pas : « Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil», on a de la haine. (Patients rétifs ou activistes en mal de grocâlins ? On soigne ou on guerroie ?)
J’ai décidé de devenir psychanalyste pour avoir assisté à une consultation difficile, après laquelle le psychanalyste qui la conduisait s’est tourné vers nous et a dit : «On a beau vouloir être bienveillant, c’est parfois difficile.» Ce propos m’a convaincue de l’authenticité de sa bienveillance
(snif … c’est beau comme du Claudel) ; ce n’était pas une attitude, une bienveillance à l’eau de rose. (Juste une petite fureur passagère à n’avoir pas su établir une relation de soin crédible en public, peut-être ? Ou était-ce en consultation forcée ?  Ça peut  jouer, ça, des fois …)
Dans leur colère contre leur condition,
(spécialement contre les gens qui nous tiennent le nez dans la mare) leur maladie éventuellement (VIH, virus de l’immunodéficience humaine) (merci, l’info nous manquait grave, là) pour laquelle ils sont à risque plus élevé s’ils se droguent ou se prostituent ou ont des rapports sexuels non protégés, (ou doivent rencontrer Colette Chiland – Ah, ah, subtil : souligner bien gras le déclassement de « ces gens-là » pour vous faire mousser, c’est tout vous, ça, le style c’est l’homme, Cocotte, le coup de pied de l’âne, ça s’appelle, je vous expliquerai …) les activistes trans ont besoin d’une cible sur laquelle tirer. Je le répète, ils se sont trompés en me choisissant pour cible. (Martyr, comme Boutin, quoi)

… et quatre protestations de bienveillance absolument sans haine en 10 lignes, après avoir tenté d’étouffer financièrement une association de lutte contre le VIH à cause d’un tract, c’est beau la rhétorique : en deux lignes, le « patient » a eu le temps de devenir un « activiste », d’ailleurs, il est souvent +/- malade, il a des trucs affreux genre le VIH, brrr, ça fait peur, hein, trop j’ai du mérite avec toute cette bienveillance dingue que j’ai, pfff)

OK. Sachons évaluer nos erreurs avec toute la contrition requise.

Après avoir planté le décor de son sacerdoce, Caliméro  Colette nous donne un des résultats (scientifiques) du labo, exemple p.42 :

« Une personne transsexuelle, nous le verrons, peut parfois avoir une bisexualité au sens d’une double orientation de ses désirs vers les hommes et les femmes. Mais elle refuse en elle toute bisexuation psychique, elle se veut totalement conforme à sa nouvelle appartenance et expulse tout vestige de son sexe d’origine. »

D’ailleurs, on sait que tous les Noirs font du jazz, et les Chinois du kung-fu, il manquait juste un bout de prêt-à-penser pour cette population émergente de la fange que sont les trans’, mais heureusement vous êtes là pour expliquer au peuple ce qu’il faut savoir en sélectionnant tous les exemples exemplaires de votre immense vivier expérimental … »Toute bisexuation … totalement conforme … tout vestige … » Quelle soif d’absolu ! …

Vous imaginez, vous, si on disait (par exemple) que tous les psychanalystes sont des obsédés sexuels imbus de leur personne, à l’ego boursouflé, sectaires, arrogants parce que bien planqués derrière une autorité imaginaire auto-référencée, tous corrompus, cyniques et d’abord soucieux (outre la préservation de bons revenus), de fourailler dans l’âme des gens en profitant pendant des années de leur vulnérabilité ? Allons !

Science et ragots sont dans un bateau … : les trans’ ont autant de variances dans leurs sexualités et de nuances dans leur sexuation psychique que n’importe qui (sauf Colette Chiland, qui est parfaitement normale). Et la plupart de celleux que j’ai pu croiser n’ont aucun besoin de cracher sur leur passé pour s’accomplir dans leur genre d’arrivée.

Et, non,  on ne transitionne pas pour réaliser un coït hétéro normal, (ni pour l’éviter, d’ailleurs), cette projection revient souvent chez les « spécialistes » bien plus que dans la population générale, qui entend facilement – quand nous nous expliquons – qu’il s’agit là pratiquement d’un hors-sujet. Le genre ne se définit pas par la copulation, ni n’en dépend, ni ne s’y limite. Ou alors vous êtes drôlement à plaindre. Informez-vous.

A moins que cela soit inscrit dans la feuille de route à suivre pour mériter le diagnostic ?
Ce n’est pas très clair, cette ambiguïté est omniprésente à chaque fois que vous tenez un propos généralisant sur nos personnes, le malaise revient : s’agit-il vraiment d’une synthèse de vos « observations » ?

Qui vient vous voir ? Et, plus inquiétant  : à qui parlez-vous ?

Car la seule explication qui tienne est que vous ne voyez jamais que celles et ceux qui n’ont pas été prévenu-es de vos lubies, et/ou se sont plus ou moins exercé-es à ânonner tout ce que vous voulez entendre sur votre scène, voire celleux qu’on appelle des « Stockholm » (quel drôle de nom n’est-ce pas ?) qui vous tendent comme illes peuvent le miroir de vos propres trouilles. Mais ça suppose qu’il en reste encore quelques un-es qui atterrissent chez vous (donc qui n’ont pas Internet, où  y a que des conneries, d’après ce qu’on dit, mais bon …).

Ou alors vous tournez en boucle sur le stock de cas qui vous a donné la vérité définitive en 1980, mettons ? Non, vous avez dû conclure un peu plus tard, il n’y avait pas encore d’activistes en colère prostitués pleins de sida, à l’époque, on était plus discrets, plus dociles.

Ce qui ramène à l’idée d’une sorte de cahier des charges, de définition a priori, un lit de Procuste dans lequel l’identité exprimée sera jaugée à l’aune de sa conformité avec votre petit dossier de profils-robots bien rangés …

C’est donc à cela que servent un doctorat, une psychanalyse, des décennies de pratique ? Rameuter le populo avec du péremptoire à l’emporte-pièce comme pour nous rendre vaguement dégoûtant-es à ses yeux, au prétexte de l’éclairer – ou le mettre en garde  … ? … La science tombe à l’eau, qu’est-ce qui reste ?

Votre but serait de colporter la méfiance, la consternation ou le mépris,  vous ne procéderiez pas différemment : c’est justement ça, Madame, la transphobie : personne ne vous a jamais demandé de jouer les Bisounours avec nous, seulement vous faites résolument partie du problème : les vrais médecins, endocrinos ou chirurgiens, font partie de la solution, nous l’avons amplement démontré.

Avec eux, comme avec nous,  il y a, à la louche, neuf bons dixièmes de la population générale qui n’ont que faire de telles élucubrations, elle n’apprendra rien par vous, et je gage même que seule une petite fraction des nigaud-es payants présents à votre stage inter-universitaire persistera à vous croire, et à vous conforter dans votre djihad imbécile, plutôt qu’à nous rencontrer.
(Quoi que … c’est peut-être comme la psychanalyse, ça, une fois qu’on a bien banqué, comment s’avouer qu’on s’est fait rouler dans la farine ? « Devant, l’herbe est plus verte », comme disait à peu près Attila ).

Que vous n’ayez rien pigé un demi-siècle après le bouquin-phare  de Harry Benjamin (dépassé, historique, mais plutôt digne, pour l’époque) en dit long sur l’obstination bornée et sectaire que les intellectuel-les lucides conspuent à juste titre chez les psychanalystes (Cf le Livre Noir de la Psychanalyse) et dont vous êtes de notoriété publique, une caricature – la « spécialité » que vous vous êtes choisie y semble d’ailleurs propice, à en juger par la littérature de vos pairs.

Mais, foutre, lisez plutôt les ethno-psys, que diable !

Et ce n’est pas tout, Colette, je l’ai quand même parcouru, avec un courage que je trouve exemplaire, votre chédeuvre « Changer de sexe ? »… (ah ben non, je ne l’ai pas acheté, et puis quoi encore ?) … et encore échappe-t-on dans la nouvelle version (2011) à quelques perles de l’ancienne qui ont bizarrement disparu, sans doute à cause de la censure d’activistes (haineux) incapables de comprendre la bienveillance …

Hmm …

En fait de science, c’est une méchante rédaction de troisième, truffée, en guise de caution morale, de vieilles références cuites et recuites, et dans laquelle vous n’hésitez pas quand elle vous déplaisent, à tricher ouvertement avec des citations bidonnées (Ex : ce que devient un propos décontextualisé de Pat Califia, (p.10) repassé à votre moulinette pour aller persifler ensuite sur le site de la SOFECT dans sa page admirable sur « les idées reçues »…)

Je n’ai pas été, – re mea culpa – une universitaire formatée à point, mais c’est un fameux compte rendu clinique qu’on doit pouvoir produire sur votre névrose obsessionnelle, telle qu’elle éclate aux yeux de quiconque tombe sur votre publication digne du café du commerce dans sa version 1970 (¹), vaguement grimée en savoir médical. Et ce n’est pas la réécriture au prétexte de modernisation qui y changera quoi que ce soit, au contraire : vos propos sont d’autant plus réactionnaires à la lueur des réflexions que NOUS menons, sans vous, malgré vous, contre vous, et contre tout ce parasitisme de la psychiatrie dans nos vies qui devient manifeste à mesure que nous nous instruisons, tandis que vous cherchez désespérément à embrigader des médecins pour faire contre-feu (Cf plus loin, le DIU Prise en charge du transsexualisme).

(¹) Je dis « années 70 », parce que d’expérience, les braves gens que vous comptez édifier en leur fourguant vos préjugés, figurez-vous qu’ils ont évolué, eux, et nous rendons grâce au fait qu’ils ne vous ont pas lue : ainsi on peut leur parler normalement, leur donner à la demande quelques explications qu’ils accueillent la plupart du temps avec bienveillance, et passer tranquillou à la suite en échappant à la corvée de devoir démentir votre propagande, dont l’actualité récente, (le fameux DIU) témoigne d’un acharnement tordu qui rend  impossible  toute détection  de la moindre molécule de bonne foi ou de médecine. Le tout entrelardé de pages neutres et convenues qui semblent là pour noyer le poisson, et dans lesquelles on chercherait en vain un commencement de philia avec votre sujet.

Carré blanc mielleux sur fond blanc sournois, voilà tout votre art. Le double-langage y est omniprésent, difficile de trouver une quelconque reprise de nos discours sans sa boule puante, son sous-entendu, sa déformation éhontée, sa « version de la prefecture », son « je n’ai jamais dit que » qui semblent là pour induire que vous passez votre vie à lutter (héroïquement) contre un océan de calomnies (salauds d’activistes, hein …)

La même duplicité est visible chez nombre de vos confrères incapables de se mettre pragmatiquement  à l’écoute du « phénomène » trans’. Ainsi on trouvera successivement chez Cordier l’affirmation péremptoire de maladie mentale, puis une diplomatique reconnaissance du contraire quand l’occasion le nécessitera (une intervention sur France Inter il y a quelques mois ) ….

Et puis « pragmatiquement » … encore faudrait-il s’entendre : s’agit-il d’aider les trans’ dans leur métamorphose, avec un vrai soutien maïeutique ou de tenir en laisse, par la pénurie de soins et l’allégeance servile, une population qui demande des trucs qui vous horripilent ?

Parce que depuis Lacan, la férocité des « spécialistes » est allée bon train, même si aujourd’hui vous mettez un peu d’eau dans votre potion, non sans insister lourdement sur la contrainte imposée par les « activistes », en réalité par l’évolution de la conscience sociale générale, que vous n’avez suivie qu’avec mauvaise grâce, tous freins bien serrés. Et moi je crois bien que votre bienveillance s’arrête à la suppression de quelques passages orduriers de la précédente édition de votre bouquin, voilà tout.

Et pour la politesse élémentaire, on verra plus tard : désigner systématiquement comme homme une MtF, par exemple, ah, ça … certes, certes, vous affirmez à grands cris votre conformité au minimum syndical (non sans râler à chaque fois contre le politiquement correct) mais étant donné que depuis toujours, nous ne pouvons cacher combien cela nous blesse, vous ne pouvez nier de votre côté le sale petit plaisir vicieux que l’insistance vous procure, (c’est bien normal, c’est avec ça que vous communiez avec vos amis et en imposez aux ignorants, quelle audace …).

Et de faire l’effarouchée devant la soi-disant confusion que cela impliquerait pour vous de parler de nous selon notre genre d’arrivée. Vous êtes certainement sincère quand vous flagornez ainsi avec les peurs (supposées) du public, ce sont (vraiment) les vôtres.

Qu’est-ce donc qui vous distingue du Docteur Knock ?

Je dis « sale petit plaisir vicieux » car on est bien au delà de l’hypocrisie, il s’agit juste de la satisfaction sordide du maton en bas de l’échelle, celui qui tient les clefs de la taule, de la pitance et du parloir, rien d’autre, (mais là est déjà LE pouvoir), et qui détourne  sur plus faible que soi – avec la plus-value de l’impunité – le mépris de sa hiérarchie, – hiérarchie que l’on pourra toujours manœuvrer à souhaits si son ignorance administrative l’amène à consulter sa base …

Ainsi : a) les propos fondateurs de la SOFECT, (2010, sauf erreur) manifestement écrits par vous, même mots, même phraséologie, mêmes marottes, mêmes peaux de bananes, le style, quoi, (c’est dans ce document que vous demandiez de l’argent à l’Etat pour faire un site web) … ou bien

b) le rapport 2009 de la HAS, fond baptismal de la SOFECT, et tout piloté par ses têtes pensantes

c) la circulaire CIV/07/10, même chose, sinon dictée, en tous cas idéologiquement téléphonée par les mêmes … Surtout montrer partout qu’on est légal, ou s’attacher à le devenir, à défaut de légitimité (mais un gros maximum de bienveillance).

En bon montreur d’ours, votre œuvre emprunte fort à la manière de ces journalistes de la presse mainstream qui pérorent sur ce que veulent savoir les Français, ce qu’il faut dire pour que tout le monde comprenne, pensant tout haut sans pudeur ni vergogne, vous faites les demandes et les réponses pour un public venu à la foire écouter le bonimenteur. Enfermée dans votre bon sens unique , vous écrivez, p149 :

« Tous ces hommes ont en commun l’horreur de leurs organes sexuels et veulent des organes sexuels de femme (vagin, clitoris, mais il faut mettre les seins en première position), sans qu’on puisse déterminer ce qui l’emporte : l’horreur de leur sexe ou l’envie de l’autre sexe. »

Selon vos conceptions, ce seraient là d’authentiques trans’ MtF. Mais alors ? « Ces hommes … » ? C’est juste pour le plaisir de cracher ? Chassez le naturel …

Toujours le même a priori:  partant du corps (indiscuté, par personne : nous ne sommes PAS dans le déni, contrairement aux rumeurs qui vous arrangent) partant du corps, donc, imaginé par vous comme la référence absolue de la personne, vous brandissez cette folie consistant à en détester les attributs sexuels. C’est facile : effectivement un homme (n’importe lequel) détestant une partie normale de son corps a « logiquement » un problème de santé mentale, c’est le bon sens, hein.

Colette et les fantômes : le cas de la présidente Chiland

Mais avez-vous jamais imaginé ce que ce serait pour une femme (vous, peut-être) d’être affublée d’attributs masculins (pour qui sont-ils normaux ? )  Ah ben non, parce que cette idée vous dégoûterait, comme un attentat à votre propriété, si fort qu’en fait cette idée vous est inaccessible, grâce à vos propres défenses névrotiques  – psychanalyse-expresse de vos 345 pages, desquelles on pourrait extraire un « cas de la présidente Chiland » aussi désolant que celui du misérable président Schreber, qui a tout de même eu, ce mot extraordinaire de limpidité (il y a plus de 100 ans, donc) :

« Je serais curieux qu’on me montre quelqu’un qui, placé devant l’alternative ou de devenir fou en conservant son habitus masculin, ou de devenir femme mais saine d’esprit, n’opterait pas pour la deuxième solution. « 

En fait n’importe qui (d’équilibré) peut comprendre. Même Freud a pressenti un truc : « Ce que nous tenons pour la production de maladie, la formation délirante, est en réalité la tentative de guérison, la reconstruction »

Mais Schreber ayant longtemps fait se pourlécher les psychanalystes, pourquoi s’arrêter là ? Vorace comme la vérole sur le bas-clergé, Lacan  nous est tombé dessus et nous a jadis collé une bonne pâtée, la SOFECT gère l’héritage, vous en êtes le fleuron.

Pourtant, ce sont des faits, nombre d’entre nous avons fait et faisons l’expérience de cette santé-là tous les jours, à un point inespérable  dans une quelconque psychothérapie.

Mais prendre le risque de comprendre amène forcément celui d’accepter des choses, par exemple : que le genre puisse vraiment se construire relativement indépendamment du sexe … Cette idée, vous allez en élaborer la censure pour assurer, sous couvert de rigueur scientifique, votre propre sécurité, en échappant à l’expérience de pensée nécessaire à l’entendement du sujet. Par peur des fantômes. Les personnes qui ne confondent pas une telle expérience de pensée avec une menace cauchemardesque immédiate n’ont en pratique aucune difficulté à cet entendement.

Vous reconnaissez – c’est de bon ton – que vous ne savez pas d’où vient le « transsexualisme ». Cette origine, vous l’ignorez nécessairement autant que celle de l’identité de genre en général, ne serait-ce que parce qu’il est propre aux personnes cis-genres de n’avoir pas BESOIN de creuser la question personnellement, tout au plus la deviner, et jamais aussi fort, en tous cas que les trans’. C’est une limite absolue de votre « expertise » [« La souffrance va plus loin en psychologie que le meilleur psychologue. » (Marcel Proust)]. Mais il faut agir :  toute votre œuvre est obsédée par la démonstration que ce n’est pas acceptable ou plus exactement que le but de la science serait d’éviter absolument les traitements hormono-chirurgicaux.

En somme, votre « science » recherche pour nous un bienveillant petit « goulag soft » psycho-médicamenteux, le rêve ! (Il ne suffit pas que la médecine soit humaine, il faudrait que ses buts soient strictement cis-genres ?… on n’a pas les même valeurs, Colette …).

Et puis qu’importe « d’où il vient », le mal, l’étranger : vous en êtes encore à accuser la TV de répandre l’épidémie (sic, sic, et re-sic : il n’est pas de production SOFECT ou SOFECT-friendly qui ne hurle avec ce loup) en oubliant que depuis quarante ans, c’est elle qui, en levant les lièvres par son audience, a fait involontairement le travail de dépistage dont contre toute éthique, vous vous en êtes toujours abstenus par trouille du qu’en dira-t’on (la hantise de devoir partager l’opprobe avec nous, peut-être …) bref : parce que réaliser médicalement nos transitions est pour vous un sale boulot honteux.

Or c’est trop tard : la société qui a inventé ces traitements (et la TV ..) est celle qui en a engendré d’abord le désir (par 15 siècles de sexisme judéo-chrétien forcené établissant les sexes comme des essences intangibles, séparés par un mur rigoureusement infranchissable), puis le besoin, (par ses performances techniques devenues possibles, comme le remède au bec de lièvre, au pied-bot … ).

Gardienne de cette muraille comme si la civilisation en dépendait (non, elle dépend de son aptitude à évoluer) vous verrouillez notre réalité dans l’anomalie et la négativité, rendant le problème insoluble une fois corseté dans le dogme de la  psychanalyse, qu’il faut aussi sauver à n’importe quel prix (parce qu’il y a des enjeux, là aussi, hein …).

Vous tournerez donc indéfiniment dans ce bocal (je schématise) : « Cet homme est fou, il veut une mutilation », sans avoir le courage – l’élémentaire audace thérapeutique – d’essayer : « Cette femme est folle, pour surnager au fait qu’elle a un  machin entre les jambes, (par exemple) et faute de « reconstruction ».

En d’autres termes, et du fait de vos résistances (incurables puisqu’elles ont votre imprimatur identitaire personnel farouche) vous êtes incapable de poser correctement l’hypothèse transgenre la plus basique, même en tant que simple hypothèse heuristique : il y faudrait une intuition du genre, mais vous ne croyez qu’au sexe, seul apte à vous rassurer comme intangible. La neutralité vous est donc impossible, ce qui dénoyaute toute  bienveillance, réduite à un affichage de bonnes intentions, dont votre pavé …

Et de produire maints discours alambiqués pour démontrer que le genre est un  concept peu utilisable, et sur lequel personne ne serait d’accord, etc, (Non,Colette, on sait, « vous n’avez jamais dit ça », je résume au style indirect, faut-il à chaque fois vous recopier bêtement ? Je sais bien qu’en dehors de sous-titrer  nos histoires à la hache, vous ne savez pas faire grand chose mais enfin, je compte sur d’autres lecteurs, aussi …). Ben non, le genre est une donnée de conscience acquise par instauration d’un mimétisme préférentiel immémorial dont les variances sont foncièrement statistiques et impossibles à réduire à une causalité simple, mais vous êtes bien trop confuse pour vous en contenter, disons que ça n’arrange pas vos combines.

Et encore ceci : pour le gros de ce qui précède, je me suis placée surtout dans le seul cas  bien binaire qui vous passionne vraiment, à la SOFECT : la demande de chirurgie génitale plastique, emblématique pour vous, les personnes qui n’en souhaitent pas étant des chimères (© Bonierbale. Au fait, « chimère » ou « shemale ? Elle est lacanienne, Mireille ?), qu’elles s’en aillent, de toutes façons, elles sont d’autant plus négligeables qu’elles échappent à votre douane, d’ailleurs tout ce qui les intéresse, c’est d’avoir des seins (je résume – bis). Vos amis experts leur ont bien fait leur affaire, vlan, dans les tribunaux, jusque ces dernières années (Cf les petits tours de passe-passe experts de Mr Mazenod, autre savant, à Lyon …).

Votre livre est la longue justification populiste de votre (énorme) couardise.

L’expérience que procure la transidentité, sa richesse, son potentiel de connaissance sont systématiquement éludés, (niés de facto) selon un consensus imposé par la fausseté paradigmatique de la relation : on n’est pas là pour parler de la joie que l’on espère ou que l’on connaît, qui est à proprement parler une vocation, parce qu’on sait que la démarche risque d’être baffée comme rêve ou délire, à tout le moins comme déraison, on est donc sommé-e de s’établir dans un discours de plainte aussi potable que possible, et le mésentendu est entretenu par la croyance du psy qu’il doit décourager une imbuvable démarche, là où le patient espère seulement qu’il ne l’empoisonnera pas.

On ne se soigne évidemment de rien avec quelqu’un à qui on mendie le droit d’exister, et il est impossible d’en tirer autre chose que de l’humiliation. Si vous avez pu écrire que « les trans’ ne sont jamais féministes » (sic),  c’est juste que les féministes sont informé-es et vous évitent avec soin, voili-voilou …

De la même façon, vous avez facilité à affirmer que la souffrance perdure après transition parce que vous ne voyez que les cas où le support (le vôtre ?) a été nul ou défaillant, avant et pendant celle-ci. Le clamer dans votre livre témoigne seulement de votre constance à mettre dans cette aventure humaine une charge exclusive de discrédit. Oubliée, la dimension performative nuisible de votre propre logos activiste. Pourtant …

Il suffirait de supposer que la personne est véridique, en tant que sujet, qu’elle dit vrai, au lieu de la réduire à la matérialité biologique d’un « Ça » qui dit n’importe quoi.

Pour voir.

Mais voilà, vous êtes réductionniste, positiviste, matérialiste, essentialiste. Et puritaine, pour le reste. Une fidélité psycho-rigide à toutes ces options à la fois interdit catégoriquement un dialogue sans rupture de rationalité,  vous empêchant de voir en quelqu’un autre chose qu’un corps en péril, comme équipé d’une conscience auxiliaire servant juste à le distinguer d’un cadavre, en tous cas mal foutue.

A partir de là, vous ne pouvez pas penser (ni vivre, pauvre de vous) la psycho-diversité, a fortiori une expérience de l’humanité qui se situerait par-delà le distingo sexuel posé comme absolu (cf Tobie Nathan …) pas plus qu’avoir une pensée de la bio-diversité qui amènerait à accueillir les intersexes sans souci charcutier de leur normalisation administrative. (Mais comme vous dites, eux « ce n’est pas de leur faute », donc on doit naturellement compatir quand-même, à ceux-là … Y sont toujours mignons, les bébés, ah, mazette, comme vous les sentez bien, les braves lecteurs innocents, Colette …)

Personnellement je n’ai JAMAIS rencontré ou lu de personne trans’ « désirant une mutilation » : c’est vous qui fantasmez les choses ainsi, (allez-y, racontez-nous que c’est une vision objective de la réalité, qu’on rigole) l’intarissable bourdon de votre musique, l’alpha et l’oméga de votre « éthique », est là. C’est votre discours, acharné à ne jamais  entendre la version des transgenres, – ce serait « céder », « leur donner raison » –  avec un intéressement colonial à rendre impossible la parole de l’autre, sauf conformatée, donc soumissionnelle. Et comme il m’est impossible en tant que locutrice de parler une langue qui  me nie en tant que sujet, me voilà comme un chat bloqué dans un coin, je ne peux QUE me rebiffer.

Commencez-vous à voir d’où ils sortent, vos affreux activistes ?  Comprenez-vous à présent la formule de Vincent Guillot « Nous sommes des terroristes du genre » ? Et pourquoi nous parlons de décolonisation, de transitude, de transphobie, de politique, de violences, de maltraitances  ? … tous sujets qui n’intéressent pas la SOFECT…
Il est remarquable que les spécialistes de la SOFECT ne publient pratiquement rien, et en particulier RIEN sur la transphobie, sur les crimes transphobes, les lois transphobes, l’indifférence du législateur, et surtout, jamais de documents de synthèse sur ce que pourraient être la pensée trans’, la sociologie, accessoirement le savoir-faire psy conjugués en une véritable démarche de connaissance, scientifique ET humaniste. Les ethno-psys l’on fait, pas vous. Pensée unique, monopolaire en guise d’universalité : c’est ce masque qui est en train de tomber.

Mireille Bonierbale au cours d’un Forum de Bioéthique (Strasbourg – 2013) estime qu’on ne peut être » juge et partie » et qu’en tant que trans’ nous n’avons pas l’objectivité et la compétence nécessaires pour évaluer nous-même notre propre caractère (elle pense « diagnostic », moi je dis « caractère », ou « vocation » ça ne fait pas déjà problème, si ?) On peut au moins vous retourner le compliment : quelle compétence auriez-vous à évaluer votre transphobie ?

Aucune, fait le miroir, vous seriez juge et partie, c’est nous qui pouvons la regarder avec objectivité chez autrui, et nous la lisons chez vous, de la même façon qu’un Noir évalue très vite les blagues racistes qui fusent alentour, même si le bourgeois un instant péteux tente de sauver la face en bémolisant l’insulte avec trois kilos de bonne grosse bienveillance (tout en grommelant in petto qu’il exagère, l’autre, on peut plus rien dire, hein …).

Et lorsqu’au cours de ce même colloque, une jeune femme, mettant explicitement le doigt sur le problème central, appelle de ses vœux une authentique révolution copernicienne en demandant qu’on mette enfin au cœur de la problématique non plus la transidentité, mais bien la transphobie (« on ne souffre pas d’être trans’, on souffre de la transphobie »), Bonierbale l’envoie paître avec un mépris définitif, obligé, en mode « Ferme ta gueule » (« C’est simpliste … Ce n’est pas médical ») … Et vivent les épicycles ! À quels clous dérisoires elle tient, votre pauvre science !

On ne souffre pas d’être trans’, on souffre de la transphobie.

Solution : Colette invente la psychanalyse de gare en réunion

Pourtant nous pouvons parfaitement communiquer. Mais pas avec quelqu’un qui consacre presque tout un bouquin à l’intox-populi la plus veule en vantant ses propres mérites, sa compétence, sa bienveillance, et tutti blabla. De la retape. Spécialiste en pensée-bateau, en bons sens de catepillar, en psychanalyse de gare, la nullité même, par moments, de votre écriture comme de vos raisonnements dénonce autant la démagogie que le mépris. Bientôt quelque épistémologue s’y collera proprement et votre édifice tombera en cendres, on s’y emploie, ceci n’est qu’une ébauche …

Le temps a passé depuis les phrénologues ou Alexis Carrel, mais vous pontifiez avec la même assurance de classe, et cette même sinistre frigidité morale qu’on reproche à tant de politiciens au sourire bétonné dès que s’allume une caméra, et, foncièrement, la même impuissance qu’eux, et la même suffisance bornée face à la critique.

Il résulte de la domination de gens comme vous que la médecine marche sur la tête : ainsi l’hormonothérapie est exclusivement organisée sur votre peur ancestrale de vous ramasser un procès (qui n’arrive jamais, en tous cas jamais autant que mérité), après un poireautage parfois interminable  de probation qui nous oblige à développer des talents de travestis que très souvent nous n’avons même pas (les travestis ont fréquemment un passing beaucoup moins pourri que ce qu’est le nôtre avant hormonothérapie), donc à « jouer une comédie », avec des fortunes diverses, ce qui vous amène sur un plateau la confirmation que vous attendiez : »Ces gens sont pathétiques ». Et la boucle est bouclée, merci, Bonne Mère, pour tant de miséricorde.

L’expérience montre que l’hormonothérapie amène aussitôt chez la plupart d’entre nous un réel soulagement : pourquoi êtes-vous incapables d’y voir le meilleur de tous les tests  ? Aucune femme « de fond » (un « faux » trans’homme disons) ne sera à l’aise avec de la testostérone à dose masculine dans le sang, ni aucun homme avec de l’œstradiol, la personne qui se trompe fera demi-tour dans les mois qui viennent, rien de vraiment irréparable.

Mais votre but n’est même pas de tester, juste de fabriquer le découragement d’une dissidence. (But que vous n’assumez pas, naturellement, mais que vous poursuivez impunément par l’enfumage grossier de votre public).

Vous préférez faire durer et nous laisser devenir fous de frustration, (par principe de précaution ? Ou pour l’exemple, peut-être ?) en gardant mordicus le langage de l’autorité normative, la « bienveillance » conditionnelle sous haute surveillance, le double-bind, vicieux et psychotisant pour celleux d’entre nous qui ont dû endurer des « psys » de votre sorte, avec pour aiguillon cet usage délibéré un peu sadique des pronoms inadéquats.

C’est facile à vérifier : cet usage est systématisé en notre absence, et nous le savons, entre autres sources, par  les productions professionnelles supposées « faire science », qui ne tiennent jamais compte de leur lectorat trans’, comme dans votre livre qui n’est manifestement pas fait pour être lu par nous … Nous circonscrire dans l’étrangeté , en tous cas à bonne distance …

Il est inutile d’en appeler à une pensée magique pour savoir ce que cela implique spirituellement : une des premières choses que nous demandons à nos allié-es est d’apprendre à nous genrer correctement aussi en notre absence : c’est un geste majeur dans notre intégration au monde social. En vous en dispensant, vous avez choisi votre camp, camarade …

Votre grossièreté dans le mégenrage (là, cancanons) n’est donc en rien une erreur ou une maladresse, encore moins une nécessité thérapeutique ou technique, c’est le versant soudard de votre bienveillance , votre signature, – et nos histoires, de préférence misérables, sont vos faire-valoir. Je suis bien certaine qu’en dehors des déjà-convaincus d’avance, dont il conviendra d’encourager l’étroitesse d’esprit, personne n’est vraiment dupe, ce serait aussi invraisemblable que la non-homophobie de la Manif pour Tous : quelques sots y croient, (admettons …) mais on entend surtout ceux qui s’en réclament quand ça arrange leurs petites affaires.

Mais oui, tout ça transpire de vos écrits, à grosses gouttes, rien ne manque à l’évidence de ce tableau clinique, jusque dans la répétition mécanique des même fantasmes, des mêmes obsessions, des mêmes vacheries. De la même méthode, en somme.

***

La « théorie sexuelle », obsession de Freud est la plus servile invention en psychologie des deux derniers siècles, et la théorie-du-complot-du-genre  est son dernier avatar en vogue. Pourtant la psychanalyse, qui, depuis ses origines (un homme et pas de femme, sauf peut-être sa fille Anna, sa Galatée à lui) traîne un fameux lot de casseroles,  est souillée par tant de médiocrité, faut le faire, en sorte qu’il faut fournir un véritable effort intellectuel pour en sauver quelque chose, quand des gens comme vous la représentent et en tirent une position d’autorité.

D’autre part, pour transitionner, il faut un courage que la psychanalyse, cette auberge espagnole, ne développe jamais. Et nos transitions représentent de plus en plus souvent des réussites qui resteront impensables pour elle (« La métamorphose impensable », je n’invente pas, un certain P.H. Castel a même fait un pavé encore plus gros que le vôtre titré de cet aveu ridicule). Restent l’anathème, et la maltraitance théorique, bien documentée, vous n’êtes pas la première, une longue tradition de confesseurs aux motivations incertaines vous précède.

FtF laborieuse, vos « enseignements » revêtiront pour vos ouailles les plus bigotes le passing approximatif mais suffisant de la charité, et pour nous, la triste gueule de l’inquisition domestique.
Deux ans fermes, Mireille Bonierbale le répète sans cesse, c’est le temps qu’il faut pour nous mater. (Mater, c’est bien le mot juste : nous sommes du X, pour vous et vos amis, c’est un atavisme freudien, faut croire …)

En vérité, vous, psys, n’avez aucune légitimité à intervenir dans nos vies, pas plus que les chirurgiens n’en ont dans la vie des nourrissons intersexes. Zéro, et au passage les chirurgies intersexes se font toujours en toute impunité, sans psychanalyser deux ans les gamins, vous n’avez même pas l’excuse de devoir protéger nos chirurgiens à nous, l’histoire ayant montré qu’il faut qu’ils soient exceptionnellement nuls pour que ça débouche au tribunal (Ô Toulouse …).
Quant à la prétention à être « psychiatres spécialistes », c’est tout bonnement un fantasme, comme être spécialiste en yeux verts ou en œufs à la coque : un pur non-sens, injurieux, qui plus est, pour nous, pour nos proches, pour la médecine en général. Vous avez une vague habitude de (certaines de) nos bobines, rien de plus, je sens que ça vous pèse, d’ailleurs, et on se demande vraiment pourquoi vous insistez depuis si longtemps. (J’ai ma petite idée, naturellement, mais, fidèle à Freud en ce sens, je vous laisse trouver par vous même, sinon, c’est contre-productif pour la cure).

Ce qui est tristement signifiant chez vous, c’est que vous ne vous émerveillez jamais.

Vous avez conservé la mentalité de ces bonnes-sœurs desséchées de jadis qui « assistaient » les filles-mères dans leur parturition : la compassion, pour la montre, mais en sous-main, comme sous la cornette, une bienveillance solidement burnée …

Faute de l’interminable ascèse  qu’il faudrait pour répliquer proprement à un pareil pensum en détail, nous en savons quand-même assez pour ne plus nous en laisser conter avec ces salades louches qui font votre fond de commerce – à vous et quelques autres : je ne vous cible qu’en tant que générique, mais je convoquerais volontiers vos complices à la curée, étant bien entendu que nous ne sommes pas des clients dont traite ni que vise votre ouvrage de vulgarisation factice, ni des ultimes égaré-es de votre cabinet.

Emile Aisberg – un fameux prof d’électronique en son temps – expliquait jadis dans une de ses préfaces (je cite de mémoire) :

« Pour vulgariser, pas besoin d’être vulgaire,
Pour être simple, pas besoin d’être simpliste,
Pour être sérieux, pas besoin d’être ennuyeux ».

Ça fait trois échecs. Game over. Vous avez perdu, Colette.

*****

Deuxième salve : le DIU Transsexualisme

Du temps qui passe …

Bon, je viens de relire ce qui précède, dont la composition remonte pour une bonne part à un an déjà, j’avais abandonné cette corvée, comme souvent, ma colère est intacte, seule ma flemme la transcende, et je viens de trouver plus simple et plus moderne à me mettre sous la dent : la dernière production en date de la dame, sous la forme d’un brillant (forcément brillant) résumé qui montre sa stabilité idéologique au cours des ans, ça force l’admiration, (en même temps une idée fixe, ça bouge pas beaucoup) il s’agit du plan de son jacassin lors du premier DIU (Diplôme Inter-Universitaire) – Transsexualisme à avoir vu le jour (après 2 essais ratés les ans passés) …

Gifle personnifiée à la communauté transe toute entière, et boulonnée avec les honneurs à ce gratifiant perchoir par Mireille Bonierbale qui ne doute de rien non plus, vous avez inventé avec votre lobby le petit cirque promotionnel intitulé « DIU de prise en chasse charge du Transsexualisme » pour y imposer votre bavardage mécanique et venimeux .
Une vingtaine de gogos a donc cru bon de s’inscrire à ce machin pour y apprendre de votre altesse ce qu’il faut penser quand on veut rester dans le cocon douillet  d’une certaine médecine française, puritaine, paternaliste, et de droite.
(On trouve sa légitimité où on peut, les vrais maîtres en médecine réelle sont généralement plébiscités par leur patients reconnaissants, vous, non, pas besoin : vous êtes présidente honoraire de la SOFECT, ça suffit pour avoir sa place au chaud en politique, au Conseil de l’Ordre … (Oui, en politique : quand on se dit apolitique, c’est de droite, de Macron à Le Pen, tout le monde sait ça, en tous cas, ça vous laisse tout loisir d’instiller par delà tous les gouvernements successifs vos doctrines réactionnaires à la CNAM, la HAS, la DACS … La gloire, quoi …)

On croirait voir comme un drone de la Manif pour Tous, avec sa théorie du complot du genre, votre discours est de la même trempe, c’est la convergence des luttes, camarade !

J’exagère ? Allons donc : à rebours de ma déontologie habituelle, je mets encore ici le lien de la SOFECT où sont réunis divers docs dont les *.pdf qui ont servi aux conférences de la session 2015  (j’ai tout téléchargé, y a pas de droits d’auteur, vu que c’est de la science, et puis quand ils auront honte (ça viendra) ils effaceront, c’est trop facile, alors j’ai fait des conserves… ). Extraits :

chiland_1_histoire

chiland_2_enfant

chiland_3_ado

Si, si, il faut tout lire, au moins ça, car il y a là-dedans le dogme chimiquement pur de la psychiatrie façon SOFECT, han, deuïe. (NDLR : vos ma-science.pdf sont bourrés de fautes. Vous avez bâclé pour faire djeunz ?)

« On ne peut pas changer de sexe », telle est votre antienne de fer. C’est exactement celle par laquelle  jusqu’en 1990 la Cour de Cassation s’est obstinée à rejeter le changement d’état-civil des trans’, chaque fois qu’elle avait à en connaître, c’est-à-dire quand les gens perdaient leur CEC en appel : de mémoire : « La formule chromosomique demeurant inchangée, les modifications de M. X ne peuvent s’entendre comme un véritable changement de sexe ». Donc rejet.

Et pan dans la gueule, grâce au conseil de ta science, il faudra attendre 1992 (l’affaire B.) pour que le blocage par ce pretexte idiot soit ébréché par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Je te cite:
Le statut social oui, le corps non. Les chromosomes, les organes génitaux internes et d’autres caractéris3ques biologiques ne peuvent pas être changés.

Tu informes qui, là ? Les médecins qui ont casqué pour ce stage ? Tu veux leur fourguer que décidément, attention,  le transsexuel est très con, il faudra penser à bien lui marteler ces vérités élémentaires ? Ou qu’il est bien naturel de lui balancer l’aberration de sa revendication à la figure quand il fait son coming-out ? Et moi, quand je prends seule ma douche, (seule ? non, un petit vill…) moi qui ne me sépare jamais de mon vagin, de mes seins, de mon visage glabre, de mon état hormonal …, je jouis de mon statut-social-oui-le-corps-non,  là ? Tout cela n’est pas  biologique ? Parce qu’a contrario,  je n’ai pas le souvenir avoir jamais couché avec un caryotype …

Et face à ce que j’ai dans la tête, dont je suis l’ultime témoin, c’est votre « expertise scientifique » qui aurait valeur de preuve ? Tandis que ma parole d’honneur ne vaut rien devant un TGI ? Bref, revenons au sexe, aaah …

Tout le monde il est pas aussi con que toi y en a croire …

Il y a belle lurette qu’on sait que stricto sensu  la formule « changer de sexe » est une approximation sémantique  : ce que nous cherchons, (avec ou sans chirurgie, d’ailleurs) c’est à nous rapprocher du phénotype du sexe correspondant au mieux à notre genre. L’arnaque est de ton côté, lorsque tu fais systématiquement semblant de ne pas le savoir, insinuant au passage que tous les trans’ sont bêtes à manger du foin et à croire à la magie. Sauf qu’aujourd’hui,  des mômes de dix ans normalement instruits savent qu’il leur faudra renoncer aux prières, et trouver autre chose, sache.

« On ne peut pas changer de sexe » est la martingale par excellence de la disqualification . Sa recette est très simple : il suffit de définir a priori le « sexe » comme l’ensemble des choses qu’on ne peut vraiment pas changer, et le tour est joué. Voyons la vidéo au ralenti :

On met de côté la conviction « intime et inébranlable », (donc la fidélité à soi, donc le désir, Cocotte), les éventuelles chirurgies réalisées, l’état hormonal, l’esthétique, le vêtement, la voix, la vie sociale, etc, (bref, l’éprouvé, soit : TOUTE l’actualité de l’expérience !) on laisse tout ça hors champ comme détails insuffisants, hop, tandis que tout le reste : les gonades natives, le caryotype, la fécondité d’origine, les « universels » (les femmes-font-des-enfants, les-hommes-font-la-guerre, toussa (sic)   ou tout simplement ce qui a été déclaré à la naissance (l’anecdote historique, quoi) tout cela seul est mis en avant comme effectivement impossible à changer, ah ben tiens, justement : CELA définit le sexe. CQFD. (Et par la même occasion ça définit discrètement comme imbéciles ceux qui prétendent en changer, paf).

Tu y tiens, hein, à ta vérité-scientifique-scrongneugneu : Ton « On ne peut pas changer de sexe »  nous corne aux oreilles que toi, au moins, tu es une vraie femme (de souche ? C’est ça qu’il faut comprendre ? C’est ça qui est rassurant ?) C’est écrit dans les gènes, bisque-bisque-rage, bon, bref : t’es contre, quoi. Et à chacune son mantra, kif-kif Boutin qui a lu dans un livre que l’homosexualité était une abomination.

A propos d’abomination, j’ai vu dans la section « Ados » comment tu vas déterrer de vieux postulats bien moisis des années 50/60 : deux pages de ton plan pour induire que :

1) les jeunes trans’ sont des homos qui se dégoûtent. Tu es une des dernières à brandir cette vieille lune qui a tellement pourri sous la masse des contre-exemples que les psys cohérents l’ont délaissée depuis longtemps (elle reste « officielle » en Iran, où, variante,  la « transsexualisation » immédiate est une échappatoire possible aux homos pour éviter la corde). Les autres psys sont à la SOFECT, faut croire, ou en rêvent. Il y a donc des décennies qu’on sait que le fait de déclarer une aspiration homosexuelle (dans le genre d’arrivée, évidemment, fausse ingénue, va)  est contre-productif quand l’accès aux soins dépend de « psychiatres » de votre sorte, et donc on ferme sa gueule on promet qu’on sera normal hétéro (et puis ce serait vraiment fâcheux si les honnêtes gens pouvaient suspecter la Sécu de financer la fabrication de gouines ou de pédés, aussi, faut rester éthique, merdalors.) …

Et bien entendu, c’est nous les faux-jetons.

L’ouvrir, d’ailleurs, à quoi bon puisque tu observes (ados p.6) : « Les associa0ons auxquels les ados s’adressent parlent avec des slogans et ne se soucient pas de la vérité scien0fique, avec gtoute sa complexité » (NdLR : tout sic – En tous cas tu ne t’es pas souciée de maîtriser la simple politesse de te relire). Si j’ai bien compris ton idiome, tu nous offre un modèle de calomnie en barre, sur ce coup-là, Cocotte, avec diffusion de nouvelles mensongères et compagnie … ( T’as pas voulu dire ça ? Ah pardon, ouais, comme d’hab …)

Mais grâce à toi, la tradition perdurera de douter de la transidentité d’une personne qui serait homo dans son genre d’arrivée. Genre moi : c’est avec cet anti-symptôme, avoir couché avec des filles, (outre le fait que je ne me « travestissais » pas) que vos collègues dans les années 80 m’ont éjectée de ce qui servait de parcours off’ à l’époque … non sans m’avoir pompé 1000 francs, au passage, la moitié d’un SMIC,  pour un test de Rorschach, quand même  …

Beaucoup plus récemment, j’ai appris que la chirurgie française de l’époque était souvent immonde, en plus d’être contingentée, données scientifiques documentées  par les associations (Note : Si, il nous arrive de bosser, quand on ne braille pas de slogans pour manipuler les ados) … Opérée en 2015 à 56 ans, j’ai quand même remercié la Providence, tu penses bien, malgré tout.

Interlude : J’ai eu à repasser ce test à Lyon, il y a trois ans, et j’ai dit à la psychologue du service, sur le ton badin de la conversation, juste pour voir :
« – J’ai bien compris : vos images servent à  soutirer à mon insu des renseignements  sur mon inconscient … »

Elle a sauté dedans à pieds joints, hop :
« – OUI ! …  heu … non … enfin … »
J’ai bien ri, (elle aussi, un petit peu), l’affaire était entendue .

2) Ce sont les médias (ces ignorants) qui donnent à ces jeunes (homos refoulé-es, cf ci-dessus) une idée (folle) de la solution : yaka « changer de sexe ». (Ce qui est IM-POS-SIB-LEUH)

 Bon, d’accord, les médias sont ignares et un peu putassiers, mais il est devenu rare qu’ils débitent sur nous autant d’âneries en une heure d’émission que toi en un seul *.pdf aussi sidérant de niaiserie, de démagogie, surtout de fausseté …

Là où toi tu as surtout besoin de te justifier, la TV en France, même mal informée et orientée par les questions d’audimat, a commencé depuis quelques années déjà à pratiquer un respect de base dont tu as manifestement enterré la recette avec ton Nounours …

Bon, je ne commente pas plus loin sur ce point,  j’avoue que j’ai du mal à me départir de ce sentiment récurrent : tu nous prends pour des imbéciles, Colette, ta bienveillance a dû stagner dans les tuyaux, en plus de ton inculture, elle a pris comme un goût  …

***

Courage, butinons encore dans le florilège, il y a de bon gros poissons : Harry Benjamin, en opérant des trans’, (années 50) a fait, je te cite, « une offre iatrogène »…

Alors là … C’est l’apothéose, Colette … ça a un nom : le révisionnisme.

Après tant de réussites des traitements hormonaux-chirurgicaux (sont hélas  exclues de cette catégorie les nombreuses opérations salopées du passé),  j’appelle ici révisionnisme le fait d’insinuer encore des choses pareilles en 2015, surtout après 50 ans et plus d’échecs massifs de TOUTES les « thérapies de conversion », y compris les plus dégueulasses : lavages de cerveau, électrochocs, internements, gavages aux neuroleptiques, lobotomies, même, d’incitations à la haine de soi ou au suicide, de refus de soins …  !

Parce que si tu « exiges » que l’ouverture de la médecine aux solutions recherchées par les trans’ soit foncièrement une réponse folle à une demande folleet je ne vois pas comment tu peux associer « offre iatrogène » et « Benjamin » dans la même sentence sans ce raisonnement tordu – tu sembles zapper sur ta propre observation d’aspiration à la norme que contient effectivement la démarche lorsqu’elle est sommée de se présenter à toi (réservée aux non-queer, apolitique, stéréotypée, donc), ce qui, avec tes données,  signifie très exactement ceci :

La transidentité avec demande de THC est [aussi] une variante de l’aspiration névrotique à la normalité comme névrose collective, déjà canonisée par Freud. En d’autres termes en adoptant ce parcours « transcendant » et scandaleux, nous révélons la normose collective [ et en ce sens, ce n’est pas une « vocation » démiurgique, juste nous cherchons à sauver notre peau, comme tout le monde surtout]. Mais il dépend de la société de nous reconnaître cette signification là. Tu confonds la panne avec le bip-bip au tableau de bord : nous sommes secondairement symptômes de la normose commune, et c’est parce que nous sommes souvent « performants » dans la norme que cette affirmation de maladie à notre endroit n’a pas plus de valeur que l’affirmation de maladie mentale généralisée, dont nous serions le detestable et caricatural miroir.

Dès lors que l’alternative telle que décrite par Schreber existe médicalement, même partielle, même imparfaite,  c’est le refus de soin ou l’organisation de sa pénurie qui sont iatrogènes et c’est pourtant de la tentative de création  des outils de ce refus que tu as fait ton idéal professionnel, tu n’as guère avancé là-dessus, et tu partiras probablement avec le regret de ne pas avoir trouvé comment nous faire apostasier, parce que sur le plan de l’esprit, tes travaux ont très exactement cette qualité d’injure, fabriquer des marranes vivant dans l’ombre et l’abstinence, salut ici de l' »hérétique » (© P. Mercader).

La psychanalyse, en tant que méthode régulièrement menée est beaucoup plus apte, si elle peut quelque chose en cure,  à mettre au jour le sentiment de notre foncière légitimité qu’à nous faire accepter un placard définitif. Dans son rôle, elle pourrait alors mener au point exact où se dissout la question dans sa réponse : la décision, quelle que soit cette dernière.

C’est donc par son seul versant idéologique réactionnaire que tes petits calculs peuvent l’instrumentaliser contre nous.  Tu n’es pas la seule, on sait : nombre de psychanalystes tombent dans ce panneau malsain en se sentant obligés de dessiner de véritables usines à gaz conceptuelles pour déguiser en médecine leur rejet commun brutal et moralement ignoble, raciste, de la transidentité.

Main dans la main avec un droit impuissant, résolument aveugle, passéiste et inhospitalier, vous n’avez jamais travaillé dans l’idée que les trans’ puissent en quelque chose digne d’accueil apporter un sang neuf à une civilisation exsangue. L’ethno-psy a commencé à penser précisément cela, vous, non, seulement tenté de contenir, faute de pouvoir l’éradiquer, une épidémie dont Benjamin est l’initiateur et la TV le vecteur viral. Pauvre de vous !

Vous avez tous en commun de nous prendre pour ennemis, mais votre réaction est en réalité typiquement auto-immune et procède de l’instinct de mort de cette civilisation, comme de son binarisme induré et furieux, (et furieusement douloureux) celui-là même que tu lis au premier coup d’oeil chez les MtF les plus percluses de stéréotypes (les plus « pathétiques »… qui le sont surtout d’échouer dans ton cabinet …) La transphobie est une maladie mentale infantile sur le chemin humain, nous sommes son symptôme, TON symptôme, Colette, tu devrais consulter, mais il est bien tard, on ne fait pas boire l’âne qui n’a pas soif.

***

quand la réalité n’est pas conforme à la théorie, c’est que la réalité a tort

(on le sait depuis avant les Shadocks, invention française, tout va bien, on est entre nous, alors, zou, je suis passée au tutoiement, depuis un moment, tu as vu ? ).

Colette

Le professeur Shadokolette
(Sur la pancarte : « Je suis Colette » )

Et tu viens pleurnicher dans tes chédeuvres qu’on t’a mal comprise ?  Ah mais si si si, on t’a bien comprise, même pas besoin de psychanalyse sauvage, il suffit de te lire : tu es en échec de n’avoir rien compris (rien accepté, plutôt) de ce que nous pouvions tenter de te dire, notre réalité te contredit depuis toujours, il n’est pas exclu que tu en souffres encore, possiblement, pour prendre ainsi le monde entier à témoin – soit, là n’est pas le problème, et puis ta liberté de penser des cochonneries n’est même pas en cause, ce qui est honteux, c’est ce constant  passage à l’acte pervers ; c’est que, incrustée dans les zones grises de la médecine officielle avec ton méchant déguisement caritatif, tu uses et abuses de tes prérogatives professionnelles  pour nous casser les reins depuis le début de ton activité (clinique et de propagande) jusqu’à nos jours.

Pourtant, la SOFECT aurait pu être une bonne idée : fédérer les compétences en réseau (adopter un autre nom que celui-ci, déjà, hideux, comme vendu par une boîte de pub à prix discount, ça aussi, ça parle, enfin bref), avec toutes les disciplines concernées, (dont la psychiatrie et la psychologie qui auraient leur place comme auxiliaires consultatifs ET facultatifs, et non le check-point que l’on sait), mais en l’état, c’est la misère, il faudrait tout repenser en enlevant a minima les viragos en chef, Bonierbale & Chiland – limited, (Bonnie & Clyde, sans le chien, mais avec les crocs, pour la faire courte) et apprendre à bosser avec les médecins que NOUS avons choisis pour la relation de confiance réciproque que nous entretenons déjà avec eux sans vous avoir attendus …

Mais ce DIU… Ce DIU !!! On rigole moins, là. Pratiquement : un mensonge, une insinuation ou une injure par page, (sans compter tes auto-justifications continuelles) tu n’y vas pas de main morte pour casser les œufs, la vache ! Et la SOFECT qui vend 2000 (deux mille) balles ce « cours » comme « formation qualifiante » …

… d’où la question : en attendant le décret qui la rendra obligatoire pour avoir le droit de nous flytoxer traiter ? Et une fois que vous aurez votre liste, tenir indéfiniment sous surveillance ceux qui auront mis le doigt dans l’engrenage et vendu leur indépendance en croyant acheter une compétence ? Recruter des affidés, pour mieux discréditer les autres, en somme  …

Tirer sa qualification de notre disqualification, défendre  sa propre identité cis (radicalement menacée : « Ma boussole du sexe !! Ma boussole du sexe !! ») en calquant ton acharnement sur le nôtre, et en contre-champ, se dire soi-même persécutée par une communauté dont tu as déjà traité les militants de nazis (tout dans la dentelle, hein, un troll, ça s’appelle) ceci est minable, Colette, sais-tu ?

Regarde, par exemple,  moi : je ne tire aucune vanité ni profit à étriller ta comm’, je n’en fais pas boutique ni n’usurpe aucune promotion nulle part. Pourtant j’ai du mérite car décortiquer les basses manœuvres qui font ton habitus me dégoûte autant que nous te dégoûtons, tu sais. (Et arrête de nier, j’ai horreur de ça : ton miroir nous a tout raconté, fallait pas publier).

Heureusement qu’il y a « honoraire » dans ton titre, ça rassure le quidam, ça … mais, de même que Jacques Breton n’aura jamais le Nobel dont il feignait de rêver tout haut jadis dans les Dossiers de L’Écran, toi tu mourras sans la Légion d’Honneur : certes, on la donne à n’importe qui, mais même : Marie-Pierre Pruvot, (ce monstre), t’a déjà coupé l’herbe sous le pied, sans coup férir, elle, par la seule dignité de son parcours. (En cherchant un lien, je viens de tomber sur un article bien pourri à son sujet sur un site d’extrême droite. On y parle d’elle ou des MtF au masculin, bien sûr, normal. Comme toi, quoi. Mais c’est toi la vedette, aujourd’hui, donc : pas de lien).

***

A présent je suis fatiguée, fatiguée de m’être battue des années pour me taire, puis pour l’ouvrir, et je n’ai pas l’énergie pour tout réfuter point par point en détail dans ce tissu d’âneries et de propagande transphobe (« transphobe », si tu veux, Cocotte, c’est comme « raciste », ou « colonialiste »,  c’est le même principe, seules changent la cible et la forme du fouet. Tu as lu Franz Fanon ?).

Et donc ?

… et donc, j’ai beaucoup réfléchi sur ce qui pourra choquer dans mon écriture : directe et concise, imagée et concrète, elle pourra être bien interprétée et ressentie comme agressive : elle l’est. Je n’ai pourtant pas la « haine » à l’égard des « psys » qui veulent s’intéresser,  juste marre de ceux qui sous la toge d’Hippocrate nous reniflent comme des réverbères.

C’est qu’on est bien au delà des sophismes à deux balles pour rigoler dans les salles de garde, là. On est au cœur du réacteur, le « Diplôme Inter Universitaire de prise en charge du transsexualisme », et toi tu en fais un ordre de mobilisation exhortant les recrues à se cuirasser contre les « militants enragés » qui refusent d’abjurer persécutent les Savants de la Vérité Scientifique. (D’ailleurs les assoces y connaissent rien, en science, encore une de tes douceurs, Colette …)
Il s’agit d’écrabouiller radicalement tout risque de discussion, en intégrant en un unique panzer idéologique, d’une part le stigmate facile de la disqualification des marginaux, et d’autre part la fascination affriolée pour les histoires de cul bizarres « sexualités » improbables, choux gras du freudisme, qui est lui-même, faut suivre, la virile mamelle princeps que tétouille inlassablement Colette Chiland depuis qu’elle a vu la Lumière (en une seule séance de bienveillance-sévère-mais-juste).

Niveau de réflexion : Boutin, environ, avec d’avantage d’aplomb, un diplôme officiel de médecin, et un bréviaire d’éléments de langage co-bidouillé de longue date avec Mireille Bonierbale (présidente),  Bernard Cordier (vice-président) et quelques  autres également probes.
La crème, quoi.
Et tout y est, y compris la ‘tite larme sur le « racisme inversé », façon Robert Ménard ou équivalent (masculinistes, etc …) : Colette se plaint par exemple, qu’un « collègue étranger éminent » (US probablement), a été viré pour manquement au politiquement correct imposé  par les trans’ (enragés). (Là, on comprend que, rompue aux exigences héroïques de la clandestinité en terrain haineux, tu as pensé à préserver l’incognito du monsieur à cause des persécutions dont sont victimes ici aussi les spécialistes Résistants). Ah, ils sont féroces, les « activistes » amerloques, hein ! (si ce sont bien eux) … Ben ouais, on devient comme ça, quand on est plus souvent mordus que vaccinés.

D’ailleurs, fidélité touchante, j’ai retrouvé dans « Changer de sexe ? » (p. 110) comment tu maniais déjà la dialectique à la tractopelle  exactement de la même façon sur le sujet (récidiviste, va), test :

« Comment une femme peut-elle considérer un homme sans verge comme un homme ? Cette question de départ n’est absolument pas sotte pour quiconque espère s’instruire, mais la suite prouva que non ;-) :  On reprochera à cette question de se situer dans la culture binaire et hétérosexuelle.  Mais on pourrait reprocher à la culture LGBTIQ d’être hétérophobe … »
« On pourrait », mais tu n’es pas comme  ça, toi, Colette, c’est juste « on » qui est un peu abruti, des fois.

Te souviens-tu de Pierre Desproges ? Chaque fois que je pense à toi, Colette, je pense à lui désormais (ça compense), qui disait : « On ne m’ôtera pas de l’idée que pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi. »A son époque, tout le monde entendait le second degré. Aujourd’hui, mutatis mutandis , tu vends la même chose au premier … La civilisation fout l’ camp, que moi j’dis.

La différence d’identité de genre trans’ et d’une identité cis est ici: chez les personnes trans’, la question de l’identité de genre est travaillée et DOIT l’être jusqu’à résolution. Chez une personne cis, elle ne se pose pas toute seule a priori il y faut au moins une curiosité intellectuelle. Le « scandale » est de montrer qu’elle PEUT se poser. Nous insistons parce que nous DEVONS le faire, personnellement, pour la résoudre, et la psychanalyse y résiste à mort pour défendre sa dogmatique. Combat titanesque : nous sommes têtus, vous êtes bornés.

Une personne cis face à cette interrogation (hormis ce corps, qu’est-ce qui me fait en conscience femme ou homme ?) a le choix entre : en profiter  pour réfléchir, rêver, resserrer ses propres boulons internes, occasion suffisante pour en deviner, si peu que ce soit, la pertinence, éventuellement le formidable potentiel spirituel, ou bien : tout nier en bloc, à tout prix, pour toutes sortes de motifs sécuritaires interdisant l’étude.

***

Colette, toi qui revendiques le bon sens, écoute cette historiette :

En 2009, le Dr J.P. Choquet, expert psy auprès des tribunaux (mais qui n’a pas eu besoin de deux ans, en 2012, pour m’envoyer chez l’endocrino, lui) avait été pressenti pour tenter un suivi psy chez un grand criminel, Francis Evrard, lequel s’est finalement dégonflé. Au sortir de cet essai sans suite, il disait au micro de France 2, je cite :

« En principe, tout le monde est accessible à une psychothérapie.
Le problème avec les pervers, c’est qu’ils refusent d’évoluer.« 

Tu vois, Colette, nous (par exemple), on essaie d’évoluer, c’est pour cela qu’on se bat comme des chiffonnier-es, et parfois, avant de transitionner – sans même t’avoir rencontrée – ça nous prend des décennies  …

Mais toi, non. Tu n’as pas besoin. Tu insistes, tu es dans ton bon droit dans tes bottes, le droit de nous faire perdre notre temps, de pourrir nos réputations, de faire flipper nos parents, nos enfants, ou de les dresser contre nous, tant que tu peux … décomplexée, quoi.

Tu n’as pas évolué, Colette, tu n’en vois pas la nécessité. Persuadée d’être psychanalyste, (vu ton arrogance, remarque, ça doit être vrai) tu as fait ta carrière sur du définitif … osant « enseigner » aujourd’hui une version officielle du « transsexualisme » qui repose sur un vieux fantasme devenu muséal : il n’y a plus un chat (trans’ et volontaire, s’entend)  depuis longtemps dans ton cabinet, c’est patent, hormis – tu t’en vantes p.206 de ton bouquin – certains FtM que les CECOS de province obligent à passer te voir à Paris en toute discrimination « légale », alors que, transition faite, CEC en poche et dûment mariés, ils sollicitent avec leurs compagnes un don de gamètes …

(« Cerise sur le gâteau », – un tien sobriquet marrant que tu signales toi-même dans une note – tu nous donnes une longue auto-justification de cette pratique avec cet argument lumineux :

« […] les Cecos (Centre d’études et de conservation des œufs et du sperme) de France ont été réticents à accepter d’inséminer la compagne d’un transsexuel FM. Les psychologues et les psychiatres des Cecos n’avaient, pour la plupart, jamais vu de transsexuels, mais vivaient sur l’affirmation que le transsexualisme était une psychose. « 

Mais qui donc, fichtre-diable, avait bien pu leur fourguer cette idée (folle) ? Sûrement pas toi, tu  nies avoir jamais dit ça, OK. (Mais ceux qui l’ont soutenu sont tous dans tes blibliographies …) Mais alors ? Pourquoi ne suffisait-il pas de les détromper,  d’autorité, TON autorité, en leur imposant un  rendez-vous à eux, par exemple ? (Réponse : parce que les psys du CECOS sont bornés, il leur a manqué un peu de  DIU pour se cultiver …)

Pour résumer : tes agissements sont nuisibles à nos personnes et à nos proches, Madame Colette Chiland, il faudrait au moins songer à te taire, et tu prends ta retraite quand ?

Parce que si j’en crois la secte que tu présides honorifiquement, ce fameux DIU de prise en charge du transsexualisme entend se pérenniser en 2016 –   youpi, encore 20 communiants à baptiser …  Tu permets que je soigne votre pub ? Je re-cite :

« Les titulaires de ce diplôme pourront se prévaloir d’une formation qui pourra leur permettre de figurer sur la liste des professionnels susceptibles de participer aux réseaux de soins »

Comment ne pas voir là  une vente privée d’actions dans un monopole en quête de légalisation ? Nous blinder toutes les issues, c’est ça l’urgence ? Ou bien vous chercher un parapluie en mouillant un maximum de monde ?

Récemment j’ai rencontré un cancérologue qui m’a expliqué n’avoir pas vu de personne trans’ avant moi en 10 ans d’exercice, mais n’avoir aucun souvenir d’avoir jamais reçu la moindre ligne d’enseignement à ce sujet. (*) (Je suis d’ailleurs persuadée qu’il en sait davantage sur la peste ou la variole …).

(*)  Au passage, les intersexes ne sont pas mieux lotis : s’il y a, m’a-t-on dit, quelques 3 ou 4 heures de cours qui leur sont consacrées en tout dans le cursus général, la catastrophe continue : les chirurgies d’assignation pour raison administrative sur jeunes enfants (Les droits des enfants intersexes et trans sont-ils respectés en Europe?)  restent légales en France, malgré une troisième admonestation de l’ONU cette année …)

Vous qui prétendez à médecine spécialisée (depuis combien ? 40 ans ?) donc à science et à thérapeutique,  pourquoi n’êtes-vous pas entrés par la fac dans l’enseignement ? Votre légitimité n’a pas convaincu ? C’est dur, hein, ce mépris persistant des chers collègues profs de médecine, vous avez raison, autant préserver son pré carré …

Bon, bref, face à ce médecin, j’ai fait comme d’habitude : je lui ai donné un peu d’infos basiques, prête au besoin à lui offrir un essai clinique de mon sérum sofecticide, mais j’ai été vite rassurée sur l’état de ses défenses – on en trouve assez souvent, de nos jours, des immunisés comme lui qui ne risquent pas trop de se faire avoir, même par vos slogans à vous, ça réconforte un peu …
Vous le leur dites, à vos retraitants, que la quasi totalité des associations trans’ réclame  à cor et à cri la dissolution de la SOFECT ?
Bien sûr que non, c’est un coch… ça vous obligerait à leur dire pourquoi, hé hé, le DIU est justement là pour dissuader les mauvaises fréquentations … Et a fortiori  vous ne leur ferez jamais lire le diable  Françoise SIRONI, et pour cause …

Allez, je t’en sers un p’tit coup, Colette, c’est ma tournée :

« Des théories et des pratiques cliniques peuvent fonctionner comme une véritable maltraitance quand elles ne sont pas capables d’accueillir sans la trahir, l’expérience de vie du consultant. Que cette expérience de vie soit « pathologique » ou « normale », un dispositif thérapeutique, une théorie, une méthodologie d’approche doivent être capables d’intégrer aussi le point de vue du patient, de penser avec lui, ce qui lui arrive, et non pas contre lui. J’appelle donc maltraitance par les théories et les pratiques inadéquates, les situations d’utilisation par les thérapeutes de techniques et de théories non fonctionnelles. On peut en observer la trace dans les symptômes que les patients vont développer, de manière iatrogène : syndrome de persécution, méfiance, agressivité, agitation, dépression, auto-dévalorisation, tentatives de suicides.
Ce qu’il faut bien appeler une « psychothérapie coercitive » puisque l’objectif réel est de « tester » l’irréversibilité de la demande, fonctionne comme un préalable au « feu vert » donné par un « psy » à l’accès au traitement hormonal. Il arrive fréquemment que des personnes transsexuelles acceptent de se faire « suivre » pendant des années sans jamais obtenir ce « feu vert ». Les raisons de ce refus reposent non sur des arguments scientifiques, mais normatifs. […]
(p.20)

… et la ‘tite rincette, aaah :

Cette hypocrisie professionnelle n’est pas réductible au contre-transfert. Il s’agit d’une véritable hostilité à l’égard des patients. Les manquements éthiques du thérapeute qui continue de recevoir ces patients en tout état de cause sont gravissimes. Le lien thérapeutique va devenir un lien paradoxal, mortifère, destructeur pour les patients, car construit par de la haine ou, plus probable, de la fascination répulsive.

Il serait du meilleur aloi que les thérapeutes le reconnaissent, ou, à défaut, qu’ils soient dénoncés par leurs patients, afin d’arrêter la démolition psychologique dont ces derniers sont victimes. C’est cela qui produit une vraie pathologie, iatrogène, réactionnelle, chez les personnes transsexuelles qui y sont soumises en permanence, dans la plupart des pays au monde.  » (p.22)

« Transsexualité et métamorphose humaine » – 2009 – Françoise SIRONI Psychologue-experte auprès des tribunaux internationaux (avec son aimable autorisation )

Qu’en termes délicats ces choses-là sont dites, waow …

Elle venait de qui,  l’offre « iatrogène« , déjà ? Et la haine ?

***

Au fait, Colette, cette année, paraît que la MpT organise un barouf le lendemain de l’Existrans, histoire de nous savonner un peu plus la planche sans-aucune-haine-bien-au-contraire. Sauras-tu choisir la meilleure manif ? Iras-tu aux deux ? À aucune ?
Ah, c’est vrai, zut, j’oubliais encore la neutralité bienveillante  : au point culminant de la SOFECT, on ne fait pas de politique  …

Nan, rien.

Si, en fait, quelque chose.
Entre le constat expert de  F. Sironi en 2009, et son éblouissante actualisation par C. Chiland lors du DIU sus-évoqué (2016), sept années se sont écoulées. Mais même si la chapelle porte beau (?), qu’on ne s’y goure : ses fondations semblent bien pourries, et la SOFECT pourrait  en réalité, s’avouer aux abois, de moins en moins considérée par la médecine elle-même, celle qui nous aide vraiment,  en sorte que cette (diplômante !) mascarade s’avérera au final n’être rien d’autre qu’une tentative désespérée de soutenir à bout de bras une légitimité toujours plus fantomatique et rabougrie.
Il semble même qu’une évolution sérieuse sur notre changement d’état-civil soit en marche (Cf pages 71-72, ce projet de loi en cours de navette entre les Chambres) ça aidera (un peu) votre police des mœurs à aller se rhabiller, peut-être plus tôt qu’on ne le pense, j’y reviendrai.

Alors ?

Alors, gargouilles et sirènes, compagnon-nes de fortune et d’infortune, gardons la tête haute,

et ce sourire que je vois de plus en plus fleurir parmi nous, hardi! distribuons-le sans scrupule : en matière de transidentité, la science propriétaire n’a pas d’avenir.

***

Coda : J’aurais encore à compiler, à mettre de l’ordre  … mais, qu’on me pardonne, c’est interminable, je rame vraiment trop : la relecture de cette page n’est pas du tout aussi marrante que la promesse aguicheuse du titre …

Dire que j’ai vaguement rêvé d’être prof, il y a (très) longtemps … Je me voyais bien en titulaire d’une chaire d’autodidaxie au Collège de France, ah … voire en docteure honoris causa pour la même chose, tiens, dans la foulée …

Je suis devenue libraire de Quartiers, c’est bien aussi … :-)


Crétins d’Avant (Péplum)

Je te parle d’un temps que les moins de 50 ans peuvent ne pas comprendre, là …

Mars 1960

Michel Debré, 1er Ministre contrit, découvre

ÇA

dans Paris-Match, en plein petit déjeuner.

Traumatisé, et n’écoutant que son sang faire un tour, il comprend qu’il faut agir, et vite, l’affaire est d’importance. Il lâche son croissant même pas fini et se précipite sans délai quérir l’avis de la plus haute haute hautorité possible.

– Quoi ? le Général ??

– Chhut, moins fort !!! … Oui, le Général …

L’entrevue fut brève et martiale.

DeGaulle

Le Grand Charles : « – Eh bien alors, Debré ? Vous venez m’emmerder dès potron-minet pour m’annoncer avoir appris par je ne sais quelle gazette que je ne sais quel luron vient de convoler avec une improbable danseuse de la planète Mars ?
Et alors ? Que voulez-vous que j’y fasse ? La France n’est pas ENCORE en péril, que je sache ? Si ?
On ne va pas reconstituer les maquis pour résoudre vos problèmes de coeur, débrouillez-vous, mon vieux …

Debré

L’autre, inéluctable et puni : – Bien, mon Général. »

On connait la suite : après le mariage de Coccinelle,
la Cour de Cassation s’est fermée pendant trente ans devant l’état-civil des trans’ comme une huître qui a vu un citron (sans doute l’amer Michel) avant que la France soit condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme en 1992 …

Debré, lui, a été vu encore deux ou trois fois traînant non loin du Caroussel, sanglotant et chantant tout seul …

Faire pipi dans le gazon
Pour emmerder les coccinelles
Faire pipi dans le gazon
Pour emmerder les papillons
Et gngngngngngngngn

Après quoi on perd sa trace …

La potion du Mercredi

M‘étais semi-engueulée avec mon crabologue J’en avais marre de causer à une statue qui ne parlait pas ma langue, ni moi la sienne
Impression d’être aussi ignorante en sortant qu’en entrant, désagréments qui ne s’arrangeaient pas au fur à mesure que j’avançais dans le comptage des pattes du crabe, sa couleur, sa vitesse, son bruit, sa goinfrerie, sa téléportation d’un site à un autre, etc

Alors je lui suis quasi rentrée dans le chou

Et d’un seul coup, la statue s’est volatilisée et je l’ai trouvé vulnérable, mon toubib, parce que ce que j’ai vu, c’est que je le blessais, lui, humainement, pas du tout son orgueil – facile à supposer derrière la blouse du savant – non, le bonhomme lui-même et je me suis trouvée agressive, déplacée, exagérée, injuste …

un peu conne

Après, je suis allée prendre le biberon prescrit, 3 heures de perfusion, avec l’idée qu’il y a avait quelque chose à bidouiller dans le cosmos, pas forcément loin, la semaine suivante, en fait, où je devais le revoir.

En attendant, alors que les actuelles potions du Mercredi n’ont pas sur moi d’autre effet secondaire qu’une grande fatigue pendant quelques jours, je me suis trouvée passer tout un Samedi entre dodo et vomi, ça ne me ressemblait pas, j’en ai déduit que du nettoyage était en cours dans l’arrière-soute, troisième sous-sol, porte gauche, attention, l’ampoule est grillée, ça glisse par-terre …

la psychologie par les caves

Quand on est trans’, et qu’on sort tout juste de la bagarre, on peut garder un moment un peu de parano.
Même prévenue, je suis tombée dans le panneau.
C’est que, même sauvée, je n’en suis pas sortie complètement, de la bagarre, j’ai encore du taf, balcon, cheminée, toiture … à peine atterrie et hop, on repart pour le grand 8 avec ce machin, j’ai pas bien rétabli, ça doit être ça, enfin, je m’explique l’incident de cette façon …

À la séance suivante, je lui ai présenté mes plus plates excuses,
en tâchant d’éviter de trop me justifier, j’aime pas ça, j’ai l’impression que ça tue le travail  des excuses, comme si on n’assumait pas …

J’avais vu juste.
Après j’ai vu qu’il tenait à être gentil, imperceptiblement maladroit, j’ai pensé que mes excuses étaient bien reçues.
Cet homme n’est pas Morel-Journel, mais je ne lui demande pas exactement la même chose, et s’il y a quelque chose à comprendre au cancer, c’est avec lui que j’étudie.

Et puis lui aussi apprend  au fur et à mesure,
et dans son métier, il ne faut pas traîner, parce qu’on perd la moitié de ses clients dans les deux ou trois ans qui suivent …

Fin bref, je l’aime bien mon crabologue, en fait.

Détournement de tournesols

De l’induction d’un gauche dans le gravitationnel

Par une sorte de tropisme que la psychanalyse se garde en général de trop débusquer, ou du moins d’en tirer les conséquences (faut bien vivre, et fouetter les chats n’est pas une sinécure), toutes sortes de formules sont de la novlangue en toute inconscience, précisément parce qu’on ne s’en sert que dans leur sens ensoleillé comme si elle n’avaient pas de dialectique, et se donnent donc l’éclat de la vérité centrale et indiscutable.
Ce n’est pas un eclat merveilleux, c’est plus sournois –  comme un venin, disons – une force performative, cela suffit à fasciner, l’hypnose verbale fonctionne par le mésentendu, il n’y a que par le décapage poétique et le détournement du tournesol en nous qu’on peut regarder un peu la nuit, et, avec de la chance, les étoiles.

Sobriété.

Le premier mot de la novlangue est « libéralisme ».
Sa fortune, l’adhésion mécanique généralisée à ce terme, est la perfection d’un mensonge exploitant la soif de liberté inhérente à la civilisation qui s’est construite en la perdant en même temps qu’elle perdait la Nature. Elle s’est mise à préférer la posséder plutôt que l’incarner ou prolonger sa créativité.
Le mot « libertaire » tentait de déjouer le piège : mettre la version libertaire « je fais ce que je veux (et toi aussi) » en lieu et place du libéral « je fais ce que je veux (de mes esclaves) ».
Le « libéralisme » en a remis une couche ultra dans son propre sens avec « libertarien » (il y a une magouille du même tonneau avec l’invention d’un mot comme  « masculinisme », conçu pour suggérer la nécessité de ré-équilibrer les atroces dégâts faits par le féminisme)

Le tropisme est têtu : « Ni dieu ni maître » reste « instinctivement » entendu comme « Je ne veux pas me soumettre à un dieu ou à un maître », mais  l’occultation de sa part de nuit (« Je ne veux être ni dieu ni maître de personne ») suffit à réintroduire le libéral là-dedans.

***

Une des innombrables caricatures de la quête de liberté en Occident et à sa suite, est la « liberté sexuelle », dont le vrai fantasme est l’accès illimité du mâle au corps des femelles gratuites, de Sade au Daesh sans rupture de continuité.
En plus d’être affreux, le truc est évidemment impossible, sauf à mener du priapisme au meurtre, et l’homme se retrouve avec un unique et ultime et inavouable barreau de prison indéboulonnable entre les jambes, pour lequel il cherche obsessionnellement un hâvre propre à le refroidir. La femme réduite au repos du guerrier a comme alternative de continuer librement à rester une chose ou déclencher les foudres, bref se soumettre ou disparaitre. Si elle disparaît, Priape perd son refroidisseur, recommence à chauffer, et repart librement à la chasse, bite en avant comme avec un flingue dans son dos.

Pourtant la notion de « libération sexuelle » a un potentiel d’étude fabuleux, mais il restera dans l’ombre tant qu’il sera ramené à des comptabilités de droits soigneusement distribués de part et d’autre d’une frontière intangible, qu’il s’agisse de droit aux putes de luxe ou à la pilule (ce n’est PAS symétrique, hey, le binaire est une arnaque).

Pas de liberté sans maîtrise, mais pas d’éthique dans la domination d’autrui, donc pas de maîtrise autre que celle de soi-même, la liberté se définira toute seule par l’expérience, si on l’aperçoit.
Dans un contexte déterministe, c’est chaud : intellectuellement quelque chose coince, (la base de la liberté (libertaire) déconstruit ET renonce aux prétentions libérales, adossées au libre-artibre, toujours brandi comme idéal mais toujours empoisonné par la culpabilité, ce qui rend invivable la responsabilité) c’est pourquoi Spinoza reste inaudible, paradoxal, et la dialectique devient arrogante et sûre de son fait (il faut juste être le dernier qui parle le plus fort) et court sans cesse après le rabotage des paradoxes, qui doivent être vidés de contradiction, écoulés, liquidés, compensés, aplatis, elle hiérarchise les polarités, donc engendre et entretient la guerre (des sexes), rien à voir avec l’harmonie yin-yang du Tao,  qu’elle fait tourner en bourrique (toujours plus à droite, et Pyrrhus à la fin, de toutes façons).

La frontière polarisante des sexes, comme moteur sine-qua-none de survie, n’est critique dans l’espèce que dans une situation objective de faible densité de population (vieux temps bibliques) ; à l’inverse, en temps de sur-densité, lui faire des trous, des portes, des passages, une élasticité, un no-sex land, des flous, des porosités, bref tout ce qui attendrit l’injonction reproductiviste devient une condition majeure de survie, donc de perpétuation. Donc la dialectique censée se jouer entre les pôles, (la vie binarisée de façon « fixe », en mode Napoléon posant l’état-civil comme loi de la nature) est caduque, par contre est paradoxale celle qui circule entre les dosages de polarisation et de dépolarisations nécessaires, les deux, isolés, correspondant également à des extrêmes invivables imaginaires, parce que dans la réalité, il y a juste un curseur homéostasique qui se balade sur l’échelle du temps. L’homéostasie ne saurait éterniser,  seulement perpétuer, et d’ailleurs on ne peut espérer mieux dans ce monde, parce que ça, c’est vraiment de l’ordre des lois naturelles. Il faudrait se souvenir que la vie nous comprend ET qu’elle est beaucoup plus longue, plus grosse, et plus durable que nous, dans TOUS les cas de figure. De même, quels que soient le grand cosmique et l’infinitésimal, on se promène dans l’intervalle, au beau milieu (sic, hic & nunc).
Si on éprouve vraiment un besoin psycho-affectif de synthèse cosmogonique, Gaïa pourrait faire une déesse acceptable : elle existe sans prétendre à l’infini, et, tout en nous incluant, nous dépasse amplement sur absolument tous les plans.

***

Pour en revenir au petit florilège de tropismes de tout à l’heure, voici un de leurs cousins : la formule « jouir sans entrave », systématiquement séduisante par l’idée de perdre ses chaînes, mais ne liant qu’avec effort cette exigence à celle, éthique, pourtant induite également, de ne pas en poser à autrui : « jouir sans entraver » ce petit « r » final semble superflu, mais qu’il reste dans la pénombre est signifiant. Il est foncièrement dans la féminité de la langue qui semble se taire. S’économise, en fait.
La poésie de ce point de vue est toujours féminine. Comme toute la vraie musique, elle ne raconte rien, ou très peu, mais elle donne à entendre à qui veut écouter. Elle expire quand on la braille, sa chance est uniquement de sourdre (à ce propos, un Vladimir Vissotski a seulement l’air de brailler, mais non, son cri est un murmure de Jéricho, simple question de contexte).
Juste sourdre, ça n’est pas bien solaire, comme triomphe, mais c’est bien ce qui a fait sa résilience démentielle face aux rouleaux compresseurs des empires, elle est le refuge de « l’humanité [qui] se transmet de bouche à oreille » (G. Deleuze), un peu comme le ventre est le refuge de l’espèce face à la saison en enfer qui suit les neufs mois océans.

***

Il me semble que le bouddhisme a déjà deviné que lire la vie entière comme un malheur est un moyen habile d’atteindre une mort heureuse et libératrice, (j’ignore jusqu’à quel point mon utilisation de l’expression « saison en enfer » est un détournement) et cette méthode-là semble beaucoup moins dévoyée que dans le christianisme, qui a bien senti que c’est pertinent (la « vallée de larmes », et tout) mais qui y est hostile, au fond, et qui préfère s’acharner à le garantir matériellement en ravageant complètement la Vie, afin que l’eschatologie soit désirable, (en l’ecrivant :  performativité du Verbe), et en escamottant la mort par la fourniture d’un fantasme de paradis censément viatique pour la suite.
Alors que lire la vie comme un malheur, (lire, interpréter et non écrire, fabriquer) serait suivre le courant (au besoin, appâte joyeusement le contre-exemple, suspends ta lecture, vas à la pêche!), courant qui veut que le temps qu’il reste à tirer s’amenuise, donc que le malheur à supporter va spontanément diminuant sans arrêt, sans qu’il y ait besoin de progrès historique : lire la vie (individuelle) comme un malheur ou plutôt comme la dernière étape d’un malheur ne devrait pas donner la moindre envie d’en remettre une louche, et si on le fait quand même c’est qu’on s’acharne à conserver le rêve de l’avenir radieux à grands coups d’assurances, (même quand l’avenir radieux a du plomb dans l’aile. De fait, ses ailes sont de plomb), à caresser des sortilèges masturbatoires comme la propriété, version ravageuse moderne de la fourrure qu’on volait jadis aux autres bêtes parce qu’on voulait vaincre le froid (sauf qu’à l’époque, il ne s’agissait pas encore de reconfigurer tout le mouvement de la planète comme une course de milliards de milliardaires potentiels, ainsi vissés dans la pauvreté de leur rêve).

Quand je suis née, on était environ 3 milliards d’ humain-es à bord. J’estime que bien avant cette époque,  l’injonction « croissez et multipliez » dans un sens littéral (génésique, quoi) était déjà un radical pousse-au-crime-parfait contre l’humanité. L’augmentation de la pression ET de la température multiplie exponentiellement les collisions stochastiques, généralise la guerre des solitudes pour le rapt des territoires, des corps et des esprits. (*).

(*) Os à ronger pour mathomanes only : Plus on s’entasse, plus nous ressemblons à des molécules de gaz confiné, plus nous obéissons à la loi de Boltzman. Jusqu’à un certain seuil cette loi « gère » la complexité. Après quoi une « catastrophe » « rené-thomiste » viendra » relaxer » le bazar. Effondrement.

Aujourd’hui, progrès accompli, on s’entre-pille. Et on ne sait pratiquement plus comment faire autrement, aussi « notre besoin de consolation est impossible à rassasier » (Stig Dagerman), et le verrou, pourtant purement virtuel, demeure (non qu’on n’aie pas la clef, libre, mais on préfère forger des tournevis compliqués, propriétaires, pour le démonter. Paradoxe de prisonniers paranoïaques. Tropisme s’éternisant.
La compassion peut toujours trouver à s’employer, mais il faut d’abord sortir Narcisse du cycle infernal  évoqué dans un poème précédent (La Fugue).
C’est ça, la charité bien ordonnée : on te dit où elle commence, pas de  t’arrêter là  (encore un tropisme à dégauchir, tiens).

***

En attendant, on crève sous le poids des promesses, (le spectacle qui déborde) le summum de la dette impayable et des actifs pourris est placé dans le coffre de Dieu, a présent sommé de reconnaître que lui-même ne peut plus payer, et qu’il nous doit beaucoup, avec tout ce qu’on lui a réclamé (il a beaucoup servi, en tant que maître).
Et le christianisme de marché de se rejouer compulsivement la saynète de l’eucharistie en détournant de moins en moins discrètement les clous sur les pauvres. Nietzsche ayant annoncé la mort du suprême mauvais payeur, nous vivons ici le temps où s’entretuent les endettés en paiement des créanciers.

Mais où sont-ils donc, ceux-là ? Tout le monde est endetté ??

En tous cas ils sont bien là, et on les entend de plus en plus se demander comment se débarrasser des débiteurs une fois établi que ces derniers resteront à jamais la fois insolvables, coûteux et vindicatifs. Des films à grand spectacle sont truffés de ce projet, ils fascinent comme des oracles et comme, en bons dévôts du libre-arbitre, nous sommes junkies de news sur l’avenir, on peut nous vendre n’importe quoi comme projet.

Comme l’espérance est violente,
On augmente la police

Le discours selon lequel les pauvres représentent un luxe que les nations riches ne peuvent plus entretenir est désormais dans toutes les arrières-cuisines du pouvoir. On évite seulement d’évoquer la proportion de surnuméraires …

De ce point de vue la Shoah elle-même fait figure de répétition générale, ou préparatoire, c’est ça qui est abominable (eh, Boutin, relativise, au moins, merde!). Mais dans la determination, si tout le passé est préparatoire de quelque chose « qui vient », il n’est d’autre  progrès que dans les soins palliatifs à nos errances, eux seuls se frayent fidèlement depuis la nuit des temps un chemin vers la lumière, ils admettent que celle-ci est dans la nuit et les étoiles : il ne s’agit pas d’y aller avec des machins motorisés, il s’agit d’arrêter de vénérer/s’approprier la puissance, pour recommencer à honorer le flux, de la source à l’estuaire, ce que maintes cultures du passé ont a peu près su faire, mais ont été assez « heureuses » pour ne pas laisser d’Histoire suffisante à nous édifier. « Heureuses », voire, c’est une façon de parler, bien sûr, je n’idéalise pas spécialement les vieilles méthodes, mais au moins sur ce point – de la nécessité de s’harmoniser avec le Cosmos –  il est clair que toute notre science, la COP21, toussa, ne leur arrive pas à la cheville. Ça nous vient du fait d’avoir adoré la rationalité comme un dieu (le rationalisme comme religion, accouplé au puritanisme comme éthique : fécondité métastatique) au lieu d’en user comme outil, merveilleux comme un outil, parfaitement utilisable par l’amour et pour lui, coco, mais trop facile à asservir par des sophismes aux dogmes les plus infâmes et les plus assassins.
La soif de la puissance est démultipliée par son ombre portée de vulnérabilité, (entonnoir vicieux, infantilisme dictateur, inflation).
C’est là l’efficacité même du terrorisme, (dans ses formes contemporaines : un suicide assisté par l’ivresse du meurtre), du nihilisme : leur plan d’accès au rien du repos a pour horizon indépassable une interminable bataille générale, (boucle de rétroaction positive), c’est le chaos qui s’éternise. Se raffine de cruauté. S’approfondit. Il y a belle lurette que nous avons plus de science et de savoirs qu’il n’en faudrait pour faire du monde accessible un authentique paradis, mais l’energie que nous concentrons dans nos bombes contient très rationnellement l’intention qu’elles explosent : elle sont conçues pour ça. C’est inhérent. Elles « veulent » exploser, en somme, donc c’est pas nous …

Si elles pètent (le pire n’est jamais certain), nous mourrons innocents, et dépouillés au delà de la moelle, (dépouillés de fierté, aussi, car quelle fierté gardable après avoir inventé un droit à la bombe atomique au nom d’une « éthique » de dissuasion, salopards ?), on espèrera vaguement que Dieu n’aura rien vu, qu’il évitera même d’exister, pour gagner notre paix honteuse, en cachette, en fait c’est ça l’idéal chrétien à la sauce positiviste : se planquer, abolir la conscience, faute d’en pouvoir extirper le dégoût de soi accumulé dedans, le transhumanisme, l’OGMisation de toute la biosphère, n’importe quoi, mais ailleurs, sans un regard sur la ruine qu’on laisse dans son sillage : devant, l’herbe est plus verte, façon Attila.

***

Si bien caché-es que vous soyez dans l’ombre de votre grotte inconnue, baisez dans la lumière.

Il faut vivre dans la lumière, sans posséder le Soleil, donc tourner nos radars internes vers la nuit étoilée, même (et raison de plus) si un tiers de l’humanité, ai-je lu, ne voit plus jamais la Voie Lactée à cause des éclairages urbains,  il faut se tourner vers le murmure, autant ami du silence que de la parole échangée, de la voix que de l’oreille, par quoi se transmet et circule l’humanité.

Un des grands travaux que devraient (ré)apprendre les musicien-nes sans relâche serait la pratique d’instruments mélodiques, ou peu polyphoniques, non amplifiés, de faible puissance, en des oeuvres courtes avec toujours une part obligée non nulle d’improvisation, et en dosant chacun-e selon son caractère, solos et ensembles. La vieille tradition occidentale a cela aussi dans sa mémoire, même si c’est encroûté à mort sous les lambris de Pleyel.

Un travail possible serait se reprendre tout le répertoire baroque, par exemple, en redistribuant/réinventant complètement l’instrumentarium, par transcriptions et en faisant de cette redistribution l’innovation interprétative elle-même. (Et au diable les intégristes : on peut aussi jouer Bach avec un piano, pas besoin qu’il coûte 100 000 balles, d’ailleurs : « Un piano accordé et qui fonctionne permet de faire de la musique » (M.-A. Estrella). Une fugue de Bach, c’est plusieurs monophonies en bonne intelligence.

Et repenser toute la musique en tant que permaculture.

Il y aura énormément de ratages, (pas tant que ça d’ailleurs, si on est sobre en performances et en conserves) mais bon, la Nature est généreuse, vois les spermatozoïdes : chacun a-t-il tellement de valeur qu’il faille tout conserver comme des propriétaires ? Combien faudra-t-il de viols et de Civitas pour encore augmenter leurs taux déjà oncologiques de réussites ? Nous ferions un travail moins idiot, puisque nous voulons travailler.

***

Tu crains donc tant que ça de revenir à la bougie ?

C’est vrai, avec le vent qui se lève, ce sera un miracle qu’elle puisse rester allumée.

Parfois, j’ai froid de la vie qui passe
mais je  me souviens que toute chose est  éphémère.
Alors je sais que ma tristesse n’est pas une nature, une éternelle essence,
et qu’elle passera, comme le frisson de la brise sur l’étang.

La solution du bruit tient dans le murmure de quelque chose

La Légèreté

La légèreté …

La légèreté est la belle profondeur
Elle promet l’infini
Elle est limite ultime
avant l’impondérable
Elle est à l’éphémère
ce qu’est la pesanteur au temps

Imagine dans un large ciel bleu
Un bilboquet infime
Fait d’une bulle de savon, du fil de l’araignée
et de la fine épingle de l’acupuncteur…

La légèreté est la belle profondeur

La Fugue

Præludium :
Je persiste à penser que tu as tort, Alceste,
mais je ne peux pas t’en vouloir.

Le problème avec la tour d’ivoire,
c’est, une fois franchi le seuil, non que la porte se referme,
(il n’y a pas de porte, à jamais la matrice bée)
mais qu’on entre dans un labyrinthe sans Ariane.

Alors

a) Impossible de retrouver son chemin parce que
b) on n’a plus rien que « Cogito ergo sum »
c) donc on a acquis la boussole au prix des points cardinaux
d) le solipsisme s’installe et avec lui
e) la mort clinique de tout partage
f) donc de toute possibilité de plaisanterie (d’esprit, quoi)
f) et ce n’est pas le dépit du cynisme qui va arranger quoi que ce soit.

Il se peut toutefois qu’on s’aperçoive
qu’on a bel et bien une araignée dans le plafond.

1) Sympathiser : ce sera LA chance d’éviter le nihilisme complet, seule évolution mathématiquement possible de l’enfermement solipsiste.

2) L’appeler Ariane.

3) Par elle et sa verticale fragile
– surtout peser le moins possible, et pour ce faire, tâcher de dépenser toute la masse en énergie du desespoir-

4) monter tout doucement jusqu’à la lucarne
– il y a forcément une lucarne, puisqu’avec « Cogito ergo sum »
( = il y a de la Conscience, donc de l’Être)
le métabolisme basal résiduel maintient la fonction sensorielle

5-6) Casser le carreau et s’envoler.

(Je ne dis pas : « essayer » de s’envoler. Le faire
comme l’oisillon sautant du nid qui l’instant précédent ne savait pas voler)

(d’ailleurs normalement, une fois le carreau cassé, la légèreté est ultime. L’envol peut encore être mortel, si le reliquat masse/énergie de (3) n’est pas adéquat, mais au moins ce n’est pas un échec comme le suicide, qui lui est TOUJOURS au programme, dans les meilleures tours d’ivoire trouvables sur le marché)

Postludium :
Mais, Alceste … TOUT LE MONDE est nu et minable, moi aussi,
quel asile trouverais-je dans ton palais de jade silencieux ?

Un livre grimpant (5)

     CHAPITRE 5

Une défaite à la Pyrrus

J‘ai vécu une vie (ou plutôt – assez largement – une survie), en n’utilisant qu’avec avarice une ressource rare qui était ce que j’appelle aujourd’hui mes défenses immunitaires, entendues au sens large comme l’ensemble des processus internes favorables à la preservation de ma personne, individuelle, tant physiquement que psychiquement, bref, le maintien entre l’intérieur et l’extérieur d’une opacité nécessaire et suffisante pour qu’existe une relative autonomie d’un sujet cohérent (relativement stable, fidèle à soi, capable de se regarder en ligne droite aussi loin que possible dans le passé).

Les circonstances m’ayant donné une porosité démesurée au donné du monde, l’accumulation de signaux, de savoirs, de visions, de pressions diverses (celles auxquelles on cède dans la dépression) m’a très tôt interdit de multiplier tous investissements dans le désir du monde, un peu comme quelqu’un qui précisémment n’aurait pas beaucoup de défenses immunitaires.

La transition dans cette prespective a été pour moi un coup de force, car elle supposait au moins temporairement une sollicitation massive de ces défenses afin que j’accède à des savoirs et énergies supérieures à ce qui est collectivement, médicalement et consensuellement admis comme relevant du champ du possible. Bref, je savais que je prenais un crédit sur mes ressources sans certitude de pouvoir équilibrer la balance à la sortie du processus. Et puis je pourrais le dire sous maintes formes : le geste de réaliser une transition, avec ce qui s’imposait à moi comme cahier des charges minimal non négociable, nécessitait d’admettre que je n’aurais jamais, au mieux, qu’une seule fenêtre de tir, un seul moment juste, après lequel n’avoir pas agi ET réussi comportait un risque massif de mourir dans le regret. Cette fenêtre une fois en vue comportait bien une certitude, c’était qu’elle allait se refermer très vite et définitivement. C’est à ce risque que la reflexion m’obligeait à me confronter, il me fallait faire cette chose atermoyée depuis des décennies : décider.

Trente secondes avant de quitter le nid pour la première fois, l’oisillon ne sait pas voler. C’est un tout pour le tout qui se joue, la connaissance est l’action elle-même, point incandescent de rencontre du désir et de la matière, de la conscience, de la poésie, une sorte de perfection du parachutisme, si l’on veut., consistant dans le pari qu’on saura faire, au sortir de l’avion, en temps réel, les gestes nécessaires pour arriver au sol à une vitesse compatible avec le respect de la vie.

Une foi  d’airain en la démarche étant bien entendu le carburant obligé de toute l’étude préalable, seule une identité bien assise et sans ombre à elle-même y pouvait prétendre.  Et puisque c’est la vie qui est en jeu – sens inclus, car j’entends là évidemment davantage que la seule survie – ,  il va de soi que c’est la plus ancienne et tenace orientation de cette vie qui doit se ramasser en un noyau concentré incoercible pour se couler dans cette unique fenêtre de tir, ce passage de la porte sans porte, cette permission de minuit.

Bref : si tu veux tout le magasin, faut payer avec toute ta banque, en gros.

On trouvera ailleurs maints récits personnels de cette aventure, certains aspects sont récurrents, d’autres sont plus exceptionnels, mais le détail du processus individuel importe peu, mon anecdote est sur ce plan banale, seuls les dosages de ses ingrédients me sont singuliers ; la transidentité est d’abord et avant tout une nécessité de reconnaissance de soi par soi, elle commence par une carence structurelle de possibilités perennes de vivre selon les modalités « non-trans », c’est tout. C’est pourquoi, tout en me reconnaissant assez peu dans certaines des  histoires des unes ou des autres, je n’ai pas eu de peine à me ressentir une solidarité sans discussion avec un « nous » englobant des choix pratiques variables dont la population générale ignore la diversité. Ce « nous » est l’identé transgenre elle-même, qui me faisait écrire il y a deux ou trois ans, de mémoire : « il y a un peuple trans », même si je ne crois pas vraiment à l’existence d’une communauté , trop petite, trop faible et trop éclatée, eu égard à l’énormité des cicatrices que nombre d’entre nous portent encore de la guerre de naissance que nous avons menée grosso-modo depuis le milieu du siècle passé, bien souvent dans un isolement misérable, et qui ne trouvent en général d’apaisement que par l’expérience de la durée dans le genre recouvré, avec au bout du compte, une certaine envie de s’éloigner du champs de bataille, l’envie d’oubli … qui sera presque possible si la vie rejointe est elle même une vie vivante. (Ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : l’oubli, ici, n’est certainement pas l’amnésie, c’est seulement le classement de l’affaire propement réglée, non l’incendie des archives …)

Ceci étant compris, découvrir au sortir de sa transition qu’on est atteinte d’un cancer du poumon déjà métastasé n’en est pas moins  une belle vacherie, mais que l’analyse tempère par le constat d’une certaine logique : j’ai taper fort dans les réserves immutaires pour cela, montrer une combativité (subjectivement) anormale, mettre à nu, puis à bas la férocité du doute, exiger de la dureté d’une pensée habituée au flottement océanique, sommée par la lame de fond de résister pied à pied à la menace frontale de couler pour de bon, etc. L’enjeu était quand-même de sortir de plus de trente années de dépression chronique … Et le fait est que j’en suis sortie, passablement épuisée.

Mais c’est fait, donc. Et ça tombe bien, parce que la dépression eût été la meilleure alliée du déclin devant l’OVNI qui s’est dessiné au début de cette année dans mes premiers scanners, et j’ai heureusement pu la foutre par terre avant. C’est donc une « ressource » que je ne laisserai pas au crabe, tandis que la suite me permettra d’explorer d’autres aspects de la médecine moderne que le pudibond strapontin laissé aux trans’ par la secte SOFECT : me voilà dotée à présent d’une maladie honorable, vachement grave, mais pour laquelle la compassion publique maximale est acquise – ainsi, par exemple, au centre anti-cancéreux, personne  ne m’a craché dessus d’avoir fumé compulsivement pendant 35 ans – c’est en arrêtant quelques mois avant de transitionner que j’ai compris à quel point fumer m’avait « servi » à procrastiner : la petite monnaie du diable, disons, celui qui n’accepte jamais la monnaie de singe … . J’avance (quasi) tranquille, parce qu’il ne s’agit pas pour moi de lutter contre un ennemi, mais bien de conforter et d’approfondir la paix après la victoire qui précède, et ma maladie, je la vois aujourd’hui comme une défaite à la Pyrrus : l’essentiel en est sorti gracié …

C‘est ce qui reste dans le réservoir des ressources non renouvelables qui fixera le terme de l’aventure (à suivre, ah …). J’ai quelques arguments. Je suis rompue aux économies, et j’ai plus que jamais envie de jouer. La sobriété s’impose, désormais drastique, mais qu’importe puisqu’elle n’est pas triste.

***

Pour finir, voici un poémuscule récent, dont j’ai déjà filé la primeur à mes potes de Café-Lounge ftm-info …

Le témoin

Je m’étais habituée pendant des années à dire quelques mots au miroir
trois fois rien, pas grand’chose, mais assez souvent, histoire, au moins pour essayer,
de l’amadouer

Ce soir, passant par là sans penser m’arrêter,
j’ai jeté un oeil
à la dérobée

il a souri le premier.

***

P.etit S.upplément (MàJ – 03/07/2016) – Le 21 Décembre 2014, j’écrivais le chapitre 3 de ce Livre Grimpant, (La bagnarde) dont la fin a des résonnances aujourd’hui étranges : c’est en effet un an après jour pour jour que j’ai ressenti la douleur thoracique  qui m’a amenée à la radiographie , puis au scanner ayant révélé ma maladie actuelle ...

Privatjoque

A Patrick, et par la bande, Christine, tu te reconnaîtrez, hein ;-)

Avec des ami-e, on a eu il y a quelques jours un petit échange de mails, où il était question, en grosso-modant à la louche, de dire que c’est sûrement plus simple de trouver du job quand on est blanc, cis, bourgeois, de souche, (touskifo, quoi), plutôt que noire, trans’, gouine et handicapée (touskivomieupa, disons).

Blues.

Comme je vous aime, je sais que ceci sera un cadeau pour vous.

«Je suis», par Malik

Je l’ai trouvé chez Yagg, et comme je suis indécrottablement fleur-bleue, je suis semi-tombée amoureuse de l’auteur.

Ceci n’est PAS un poisson, celui de l’année dernière étant toujours aussi bête, moisi et d’actualité, vous pourrez vous y reporter avec une joie enfantine et sans mélange, (faut que je te recause de la SOFECT, j’ai inventé de nouvelles insultes, je te narrerai) mais tu lis d’abord ça merci.

Gobisoux à vous deux :-)